Marquée par des prises de position fortes, la 5ème Biennale d’art contemporain rayonne dans la deuxième ville de Grèce. Jusqu’à la fin de l’été.  C’est aussi sur le Point
texte et photos Pauline Simons
« Between the pessimism of the intellect and the optimism of the will », tel est le titre de l’exposition principale de la 5ème biennale d’art contemporain de Thessalonique… Katerina Gregos, sa curatrice, a attaqué le problème à pleines dents. « Il s’agit d’ un aphorisme qu’Antonio Gramsci avait énoncé dans ses « Prison Notebooks » durant sa détention sous le régime fasciste, explique-t-elle. Il résume ce moment contradictoire dans lequel nous nous trouvons en ce moment, pas uniquement en Grèce, mais en Europe en général. En cela, Gramsci, penseur et révolutionnaire, définissait l’état de crise d’une manière assez juste : une situation où ce qui est ancien est en train de mourir et ce que qui est nouveau ne peut pas naître. » 
Revolving door, installation de Nikos Navridis, 2015

Revolving door, installation de Nikos Navridis, 2015

C’est dans cet inter-règne, pavé d’atermoiements, que la biennale de Thessalonique, a vu le jour. L’exposition principale présentée au Pavillon 6 du Parc des Expositions, a été montée en moins de trois semaines ! Katerina Gregos a ainsi réuni les travaux d’une quarantaine d’artistes internationaux qui, en pointant les dysfonctionnements de tout ordre -économiques, politiques, sociaux, écologiques, idéologiques – réinventent d’autres espaces. Produite spécialement pour la Biennale, « Revolving door » de l’artiste grec Nikos Navridis résume, à différents égards, l’esprit de l’événement : son installation figure une porte à tambour coiffée d’un épigraphe en lettres de néon, « The end is in the beginning and yet you go on » (Beckett, Fin de partie). « Logiquement, cette porte devrait permettre d’accéder à l’exposition ou d’en sortir mais elle est d’une parfaite inutilité, sourit Nikos Navridis, elle simule, elle bluffe parce que de quelque côté que vous soyez, la sortie est l’entrée et vice versa. »
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History is not mine de Mounir Fatmi, 2013 (détail)

Emergents ou confirmés, les artistes choisis roulent donc leur rocher, avec une détermination, qui n’exclue ni l’humour, le plus souverain des décapants, ni la poésie. Ainsi retrouve-t-on, face à « Love the difference-Mar Mediterraneo », pièce historique de Michelangelo Pistoletto, la vidéo-installation « History is not mine » où Mounir Fatmi, en réponse à l’éviction de son oeuvre « Technologia » jugée blasphématoire en 2012, martèle les interdits qui frappent encore les artistes ; en gravant l’article 13 de la déclaration universelle des droits de l’homme sur un pavement de savon, Taysir Batniji brocarde les textes de loi et leur déliquescence.
Sweet dreams (are made of this) de Carlos Aires, 2015

Sweet dreams (are made of this) de Carlos Aires, 2015

En découpant au laser les billets de banque des trente pays les plus riches afin de composer les paroles de « Sweet dreams » (are made of this) le tube d’Eurythmics, Carlos Aires cisaille un veau d’or intouchable ; en alignant des portraits de chiens dans l’expectative, (« Alone »), Ivan Argote raille la notion de civisme et distend le temps comme dans les  « 8 m2 » (Loneliness), installation carcérale règlementaire de David Brognon et Stéphanie Rollin, duo finaliste du prochain prix de la Fondation Ricard. Dès que le visiteur en passe le seuil, les aiguilles de l’horloge s’arrêtent mais s’empressent de rattraper le temps « perdu » dès que la cellule est vide.
8 M2 (loneliness), installation de David Brognon et Stéphanie Rollin, 2012-2013.

8 M2 (loneliness), installation de David Brognon et Stéphanie Rollin, 2012-2013.

Les heures s’ étirent à l’envi dans l’oeuvre cinématographique de Marianna Christofides : en filmant, par intervalles, les Balkans et ces paysages d’entre-deux bordés d’eau, là où les frontières sont mal définies et mouvantes, elle souligne le désarroi singulier de ces lieux oubliés sans cesse à reconsidérer et à réinventer. Dans ce bain de solitude, loin des sphères pailletées, il ne reste qu’à imaginer Sisyphe heureux…

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La dizaine d’expositions, évènements, workshops qui balise la deuxième ville de Grèce, marque également, grâce à des thématiques fortes, l’absence de « devoir de réserve ». 
En présentant « Kazimir Malevich and his students » au musée d’art contemporain de Thessalonique, Maria Tsantsanoglou, sa directrice, célèbre le 100ème anniversaire du « Black square » et remet en scène, grâce aux trésors de la collection Costakis, la vivacité d’une avant-garde russe frappée d’opprobre sous le régime soviétique. 
Co-curatée par Syrago Tsiara et Théodore Markoglou, l’exposition « Ident-alter-ity » est d’autant plus significative qu’elle se tient dans le nouveau bâtiment de la mairie, près du Parc des Expositions. Dans un pays où le mariage pour tous est encore boudé, les artistes posent ici la question de l’appartenance, du droit à la différence et à l’ambiguité sexuelle. Avec « East side story », Igor Grubic épingle les violences homophobes lors de la Gaypride à Belgrade et Zagreb en 2001 et 2002 : la mise en parallèle des scènes à la fois réelles et rejouées par des performers donne ainsi à l’oeuvre toute sa mesure. Déjà dans les années 70, la pionnière Lynda Benglis exprimait une pensée radicale et complexe autour du corps et de l’identité sexuelle. On retrouve ici son audace volontariste dans « Female identity » de 1973 où le spectateur devient voyeur…

i »m Milica Tomic, vidéo de Milica Tomic, 1999.
Il suffit ensuite de longer la mer pour rejoindre l’un des entrepôts du port où se tient  « Relative Motions ». Katerina Koskinas, directrice de cette 5ème Biennale, a choisi de faire un parallèle entre le travail de deux artistes : Evangelia Kranioti et Julien Prévieux, lauréat du prix Marcel Duchamp 2014. En mêlant techniques artisanales et médias contemporains, tous deux jettent des ponts entre une tradition méditerranéenne et leur possible redéploiement dans la modernité : de quelle manière sommes-nous encore connectés au passé ? 
La Biennale est aussi l’occasion de mettre en regard oeuvres anciennes et contemporaines : au musée archéologique, les travaux de Constantin Xenakis dialoguent silencieusement avec les antiquités.      
D’un point de vue plus général, Yiannis Boutaris, maire de la ville depuis 2011, tisse   aussi un maillage entre les différentes époques et populations qui ont contribué à l’identité de celle que l’on appelait jadis la « Jérusalem des Balkans ». En mémoire aux quelques 46 000 juifs déportés à Auschwitz durant la seconde guerre mondiale, le musée de l’Holocauste devrait être édifié d’ici 2020. Déjà 2013, la maison où naquit Kemal Atatürk, premier président de la République de Turquie, fut réouverte au public après restauration.
Hélas, en ces temps chaotiques, les coupes budgétaires ternissent le paysage culturel grec. A Thessalonique, le musée national d’art contemporain a vu son budget divisé par trois depuis 2012 et au début de l’été, le musée macédonien d’art contemporain a été « temporairement » fermé… Quant au sort de la prochaine Biennale jusqu’alors financée en grande partie par l’Union Européenne, il est encore incertain. Désormais, les institutions vont devoir, plus que jamais, compter sur le mécénat privé pour déployer leur programmation. Mais bonne nouvelle, Athènes va accueillir la Documenta. Pour la première fois, l’événement artistique de renommée internationale qui, depuis 1955, se tient tous les cinq ans à Kassel aura lieu à la fois dans la ville allemande et dans la capitale grecque. Ce sera en 2017. Joli challenge !
Biennale de Thessalonique. Jusqu’au 30 septembre. www.thessalonikibiennale.gr
Depuis le mois de juillet, la lauréate du prix HYam ainsi que les trois finalistes n’ont pas amusé le terrain. Entre accueils en résidence, expositions, projets, chacun a tissé sa toile à sa manière. Nous retrouverons ces jeunes artistes grecs et chypriote à Paris avant la fin de l’année. Voici leur actualité. En attendant la suite.
MARIA TSAGKARI, LAUREATE DU PRIX HYAM
C’est dans le cadre de la London Art Fair, nouvelle foire qui s’est tenue en janvier dernier, que Maria Tsagkari représentée par la TinT gallery, a exposé ses tous derniers dessins : « Planning a Garden » est une série d’études,réalisée en cendre sur aluminium, où le jardin devient un symbole-labyrinthe de la force politique et économique mais aussi une ère de pouvoir.
A la fin du mois de février, on découvrira « The New Green », une installation dans la citerne du château de l’île de Lesbos, l’une des plus importantes forteresses en Méditerranée. L’artiste impose ainsi une nouvelle tendance : le Bleu comme Nouveau Vert appliqué à la nature au sens large (sites touristiques et  jardins privés). Maria Tsagkari met ici en lumière, certains dérèglements dont elle floute l’origine précise -appropriation, assimilation, fusion- mais qui concerne avec certitude les relations Est-Ouest et leurs ramifications dans les différentes cultures. Ce projet concerne également la création d’une société appelée The New Green. Cette société éclaire les futurs enjeux de  cette « nouvelle tendance », à la fois poétique et politique, sur le marché mondial.  Souvenez-vous de la tulipomanie, première bulle spéculative au XVIIème siècle.  Chimistes et agronomes travaillent sur le sujet : comment modifier l’ADN de l’herbe.

 

RANIA BELLOU
Durant l’été 2014, Rania Bellou a réalisé deux solos shows : le premier à Kalfayan Galleries à Athènes et le second à Thessalonique dans le cadre du festival Action Field Kodra. Rania Bellou a participé à l’automne à l’exposition de groupe « Personal Collective Mythologies » de Patras avant de traverser l’atlantique. En décembre à Miami Art Basel, elle présentait sur le stand de Kalfayan Galleries cinq courtes animations qui furent sélectionnées pour la section FILM avant d’ enchaîner sur un premier solo show newyorkais à la Taymour Grahne Gallery.

unnamed (4) Rania Bellou

Cette exposition témoigne de l’évolution de son travail. En compilant dessins, livre, archives, projection et animation, l’artiste s’est attachée à la vie d’une résidente new yorkaise dans les années 40 dont elle a découvert le journal et en a tiré des images où réalité et fiction s’entremêlent afin de laisser au public le soin de réécrire lui aussi son histoire.

 

MARIANNA CHRISTOFIDES
Marianna Christofides revient de Stockholm où elle était invitée en résidence afin de finaliser un projet né il y a trois ans (film et installation) et va sans tarder égrener différents pays des Balkans, caméra au poing. Ce projet sera présenté pour la première fois dès le 28 mai à la prochaine Biennale de Thessalonique. Top secret pour le moment…

Marianna Christofides_A river needs banks to flow_2014_03

Fin avril, l’artiste est invitée à Paris par Light Cone pour la post production. C’est une année clé pour la jeune chypriote qui aura un premier solo show institutionnel à la Basis E.v. Kunstverein de Frankfurt dès le printemps. Suivi d’un séjour stambouliote en résidence à Istanbul durant le second semestre. L’exposition itinérante Recording Memories qui a débuté à Nicosie avant Thessalonique, Athènes et Belgrade éclaire les tribulations de la mémoire dans un sud–est de l’Europe depuis longtemps chamboulé. Une problématique chère à l’artiste.

 

ATHANASIOS ZAGORISIOS
Athanasios Zagorisios poursuit ses recherches artistiques sur « L’esthétique de l’éphémère » tout en enseignant à l’Académie Platon de l’Université
d’Athènes. Il talonne les états transitoires, par conséquence fragiles et fugitifs, de certains phénomènes naturels afin de mettre en exergue ces moments d’une extrême brièveté. Dans sa dernière œuvre, l’artiste a utilisé l’effet Peltier (phénomène physique de déplacement de la chaleur en présence d’un courant électrique) afin de recréer le cycle de l’eau: condensation, précipitation, collecte, évaporation.

thanos 2015

En parallèle, il a choisi d’élargir le spectre des sensations : en collaboration avec un parfumeur et en s’inspirant des arts japonais du kôdô et de la cérémonie du thé, il a imaginé un projet olfactif, rituel artistique né de la rencontre d’un parfum et d’une architecture.
Alexandros Tzannis (1979) prend un soin infini à combiner des éléments visuels et abstraits, idéalistes et symboliques, à associer des formes décoratives et allégoriques. Il porte une attention particulière à ce que le temps balaye en un tourne-main et contrecarre ce phénomène moderne par des élaborations laborieuses et chronophages. Dans ses dessins, partie essentielle de son travail, l’artiste utilise le stylo bille afin de mitonner couche après couche des images complexes et énigmatiques issues de relevés urbains  -détritus produits par la société de consommation, issus de la décadence environnementale- et d’éléments cosmiques et inaltérables. C’est une sorte de confusion contemporaine que l’artiste  met aussi en scène dans ses installations où les sculptures sont réalisées avec des matériaux naturels et traditionnels comme la terre cuite associés à des éléments typiquement citadins tel le néon. En quelque sorte, Alexandros Tzannis refait le monde.
Alexandros Tzannis vit et travaille à Athènes. En 2014, il a exposé à la Galerie Eleni Koroneou.
Alessandros Tzannis 2Vue de l’installation sélectionnée pour le Deste Prize 2013 au Musée d’art et présentée au Musée d’art cycladique à Athènes
Alessandros Tzannis 1Blue Water, dessin à l’encre et au stylo bille, faisant partie d’une installation présentée sur le site archéologique Bey Hamam, à Thessalonique en 2012.
Alessandros Tzannis 4 (2)Memories of green, céramique vernissée, bois et métal. installation présentée à la Galerie Eleni Koroneou à Athènes.
Passage des ténèbres à la lumière, de la conscience ordinaire à la conscience éveillée. A la manière de l’alchimiste qui transmutait les métaux vils en métaux nobles, Panos Tsagaris (1979) met en exergue les lois inhérentes à toute transformation ainsi que les procédés de purification et pointe la nécessité d’une métamorphose à la fois personnelle et sociétale. A commencer par celle de son propre pays. Depuis le début de la crise financière, les déboires de la Grèce ont souvent fait la une des journaux. Souvenez-vous. Libération avait titré en couverture ΧΑΟΣ au moment crucial de la faillite hellène. Panos Tsagaris a repris les couvertures des médias et recouvert textes et photos d’une feuille d’or à l’exception de l’image la plus frappante créant ainsi un phénomène de réversion. L’emploi de l’or, matière précieuse et millénaire, que l’on retrouve dans nombre de ses travaux, joue ici un rôle clé : celui de la mise à distance pour une évolution possible. P.S.
Panos Tsagaris vit et travaille à New York et il est representé par Kalfayan Galleries à Athènes et Thessalonique.
4.P.Tsagaris_faith_no_more (800x800)Faith no more, diptyque, feuilles de journaux et feuilles d’or.
1_P.Tsagaris_XAOS (800x533)For Between The Light and The Darkness We Stand, douze impressions d’archives en noir et blanc
5.P.Tsagaris_The_Triad (800x800)The Triad, installation, feuilles d’or sur impressions Xerox, 100 roses blanches et 3 clous d’or.

 

Crayons, encres de chine  ? Non. Les dessins de Vasilios Paspalis (1980) aux milliers de petits points qui, selon les zones d’ombre et de lumière s’atomisent ou se désolidarisent, ont ceci de particulier : ils ne sont pas réalisées directement sur papier à l’encre de chine mais au crayon électronique sur écran avant d’être imprimés en un ou deux exemplaires. Quelle importance, direz-vous, puisque le rendu final est, en apparence, le même. Pour cet artiste issu de l’ère post-internet, la distance imposée par l’écran, les retours possibles sur un support plus souple, lui offrent un étang de liberté et une distanciation que la proximité plus physique imposée par la technique traditionnelle musèle. Mais que racontent ses dessins ? Ecrits de manière très figurative, ils évoquent avant tout un état d’esprit. Vasilios Paspalis tisse de tensions spatiales et fomente des luttes de pouvoir où personne ne tire son épingle du jeu : il cible les manques, les bizarreries, les incertitudes de chacun avec un regard appuyé. Dans un espace temps lui-même incertain et chamboulé, Vasilios Paspalis sillonne les champs profonds de l’ inconscience et convoque poétiquement la « folle du logis ».
Vasilios Paspalis vit entre Londres et Thessalonique. Il est représenté par la XPO Gallery à Paris.
Vasilios Paspalis UNTITLED, 145cm x 145cm, digital drawing, 2013UNTITLED, digital drawing, 2013. Tiré à 1 exemplaire + 1 épreuve d’artiste
Vasilios Paspalis 3UNTITLED,100cm x 100cm digital drawing 2013UNTITLED, digital drawing, 2013. Tiré à un exemplaire + EA
Vasilios  Paspals 2 UNTITLED, 145cm x 145cm, digital drawing, 2013UNTITLED, digital drawing, 2013. Tiré à un exemplaire + 1EA

 

Le saut en valait la chandelle. A Thessalonique, la quatrième Biennale éclatée dans différents lieux de la ville réserve beaucoup de bonnes surprises. Jusqu’à la fin du mois.

Texte et photos par Pauline Simons

« Everywhere but now », tel est le mot d’ordre de la quatrième Biennale de Thessalonique. Comme si plus personne n’avait le choix. Ni en Grèce, ni ailleurs. Adelina von Fürstenberg, commissaire générale de l’évènement, a parfaitement réussi à donner matière à ce bel intitulé : elle a mis en lumière à la fois la complexité et les questionnements politiques, socio-économiques et religieux des artistes du bassin méditerranéen tout en jetant des ponts bien au-delà vers d’autres cultures et tribulations artistiques. Comme si, quelque soit la toile de fond, les artistes du monde entier tenaient le même fil rouge. On reconnaît ici la patte de la commissaire générale qui a quitté la direction du Magasin, centre d’art contemporain de Grenoble afin de fonder Art for the world, une ONG dont le but est de promouvoir les valeurs universelles à travers l’art contemporain.
Maria Papadimitriou et Marta Dell'Angelo

Avec la distance que donne la photo, esthétiquement, le rapport est flagrant ! Les personnages désolés, agglutinés et uniformisés de The Prow l’oeuvre de Marta Dell Angelo font étrangement écho à l’ Anti-Apparatus de Maria Papadimitriou et à la Méditerranée, mer de verre ou se croisent aujourd’hui des clandestins, des anonymes, des hors la loi.Mais dans le plein comme le vide tout le monde est logé à la même enseigne.

Depuis l’automne dernier, autour des œuvres d’une cinquantaine d’artistes, l’art bruisse dans la ville entière : éclatée dans huit lieux, la biennale de Thessalonique fait tâche d’huile. Les approches sont toutefois différentes. Au musée archéologique et au musée de la culture byzantine, l’ art d’aujourd’hui vient se greffer aux collections du passé, au musée d’art macédonien d’art contemporain, Denys Zacharopoulos, son directeur, a choisi de prolonger l’ histoire en retournant aux sources. Au contraire, dans le Pavillon 6, le plus vaste espace de la Biennale, les œuvres d’aujourd’hui se répondent, s’interpellent, se complètent dans des faces à faces esthétiques ou idéologiques où  la peinture, à même de poursuivre elle aussi son histoire, ne fait pas figure de parent pauvre. On retrouve avec plaisir des pièces d’artistes internationaux -Marina Abramovic, Inci Eviner, Ghada Amer, Miltos Manetas, Apostolos Georgiou, Claire Fontaine, Los Carpinteros… et on découvre les œuvres de jeunes artistes grecs déjà croisés dans d’autres expositions Maria Tsagari, Panos Tsagaris, Bill Balaskas… Ceux- ci sont invités à participer à la première édition du prix de la jeune scène artistique méditerranéenne créé par Hyam en partenariat avec la Fondation Jean-Luc Lagardère et dédiée cette année à la Grèce.

4ème biennale de Thessalonique. Jusqu’au 31 janvier. www.thessalonikibiennale.gr

The Heart récente sculpture de Ghada Amer, l’égyptienne dont les ombres portées tirent l’histoire à l’extérieur de sa bulle face à une autre écriture aussi belle qu’intelligible (pour beaucoup d’entre nous), celle de la Written Room de Parastou Forouhar, l’iranienne. tout aussi inintelligible pour un européen qui elle aussi habille le dedans et le dehors.

 Toujours au Pavillon 6
Apostolos Georgiou

ce tableau récent d’Apostolos Georgiou

 

 

Marcello Malobert

ce « carnaval improvisé » de Marcello Maloberti

 

 

Los Carpinteros

les tunnels de Cuba de Los Carpinteros

 

 

Philip Rantzer

une fiction de l’Europe par Philip Rantzer

 

inci eviner

la migration, ses complaintes et ses femmes une vidéo d’Inci Eviner

 

veronica Smirnoff

juste un détail des précieux ananachronismes de Veronica Smirnoff

 

Dans l'une des salles du musée archéologique les sculptures de David Casini

Dans l’une des salles du musée archéologique les sculptures de David Casini

 

Sheba Chhachhi

The water Diviner, une vidéo de Sheba Chhachhi au Musée macédonien d’art contemporain : un retour aux sources poétique mais sans concession.