Le samedi 2 juillet à Hydra, sera inaugurée l’installation in-situ de l’œuvre de Maria Tsagkari, lauréate du prix HYam, créée spécialement par l’artiste, produite par l’association franco-grecque. Après avoir organisé, chez Artcurial à Paris,  le prix de la jeune scène artistique méditerranéenne ainsi qu’une exposition réservée aux quatre finalistes, HYam  signe le dernier moment de cette première édition consacrée à la scène grecque et chypriote.
Le projet de la jeune artiste, attentive au caractère singulier de l’île, et réalisée en collaboration avec les artisans locaux est lié à ses recherches sur The New Green.

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 The New Green part 2, L’attente
Maria Tsagkari qui avait ciselé des jardins-installations de cendres, tissé des tapis éphémères aux sinuosités végétales, dessiné des labyrinthes sur un aluminium glacé, poursuit ses recherches sur la symbolique et la possible transformation de l’espace vert. The Blue as The New Green… Et si une société scientifique était un jour capable de transformer l’ADN des plantes corrigeant ainsi la vision de la nature et plus largement la perception du monde…
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Finissage dans la fonderie…

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L’arrivée à Hydra : avant le bleu…

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The Blue as the New Green

De tout temps, le jardin fut l’emblème du partage, de l’hospitalité, du rassemblement ainsi que le modèle et la preuve d’un pouvoir, à la fois économique et politique. Sur l’île d’Hydra où le visiteur croise des dizaines de bustes de personnages historiques, The New Green est le monument d’un héros obscur qui semble hanté par un rêve impossible. Le visiteur découvrira un jardin bleu asymétrique et anarchique qui pourrait être une conclusion à Heinrich von Ofterdingen, roman inachevé de Novalis. Le philosophe allemand avait construit un mythe mediéval autour d’un jeune troubadour ayant tout abandonné pour la quête d’une petite fleur bleue qui hantait ses rêves, symbole des valeurs de la vie idéale et de la poésie pure. Dans le paysage hydriote, ce jardin planté de bleu est comme une promesse figée dans le temps, régentée par la marginalité, l’enchantement du mensonge, les espoirs jamais démentis à cause de leur nature profonde… ces rêves qui n’atteignent jamais les limites de la réalité.
THE NEW GREEN The expectation/part 2 Hydra Du 3 juillet au 30 septembre.
Maria Tsagkari vit et travaille à Athènes. Depuis 2011, elle est professeur dans l’atelier de Nikos Navridis, à l’école des Beaux-Arts d’Athènes. Elle a participé à plusieurs expositions notamment “A fresh, a new generation of greek artists” au Musée d’art contemporain d’Athènes en 2014 et plus récemment en 2016, “War party” au Royal Military Museum, Bruxelles et Remember the present, au Centre d’art contemporain Le Lait à Albi. Elle a également participé à deux résidences : en 2015 au Warp, contemporary Art Platform, Belgium dans le cadre de la Triennale d’architecture, et en 2016 au centre d’art contemporain Le Lait à Albi.
Panagiotis Tetsis (1925-20016) nous a quitté . Il  y a environ un an,  j’avais écrit un petit texte sur le peintre d’Hydra, à la demande de Laura Wilmotte Koufopandelis, expert en art hellénique chez Piasa, la maison de vente parisienne. Une jeune femme qui fait un excellent travail de mise en lumière à la fois historique et esthétique, tant dans le domaine de la peinture, que celui de la sculpture, de la photo, du bijou et du design grecs.
par Pauline Simons
On l’aime ou on la quitte. L’île d’Hydra qui regarde le Péloponnèse, est une taiseuse qui ne connaît pas la tiédeur. Panagiotis Tetsis est né sur cette perle noire du golfe Saronique, il y a presque quatre-vingt dix ans. Avec ses demeures patriarcales construites à la fin d’un XVIIIème siècle où les armateurs faisaient la pluie et le beau temps, avec ses dédales de pierre, sa colonne vertébrale rugueuse, ses rochers tombant à pic, son silence moyenâgeux, et surtout sa lumière versatile, affolée par les atermoiements saisonniers ou ciselée dans une mer d’huile, Hydra est un roc diablement séduisant -sans pour autant être charmant. Autant de données tatouées dans l’oeil d’un enfant du cru et décisives pour les choix d’un artiste : Panagiotis Tetsis a consacré son existence à soupeser les paysages et les éléments, à les reconsidérer, à guetter leurs humeurs, leur caractère cabré ou apaisé mais immuable.
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L’été 2012, le musée historique de l’île dédiait une mini-rétrospective au peintre hydriote. On y redécouvrait alors la permanence d’une relation tissée jour après jour par cet infatigable hédoniste, le pouvoir expressif de ses couleurs, sa course inlassable à la lumière et à ses sortilèges. Avec des compositions tirées au cordeau, -à l’huile ou à l’aquarelle-, Panagiotis Tetsis a su aussi cultiver le sens de la modération dans une île tellurique et circéenne. Déjà dans les années 50, celle qu’Henry Miller comparait à une énorme tranche de pain pétrifiée, séduisait toute l’avant-garde artistique. Aujourd’hui mécènes, collectionneurs, galeristes et artistes continuent à la préférer à beaucoup d’autres. C’est ici qu’un nouveau projet artistique est né. HYam (Hydra for Artists of the Mediterranean) dédié à la jeune scène artistique méditerranéenne s’est nourri de son suc : entre les oeuvres d’un peintre pilier qui aborde la modernité par la tradition et celles d’artistes internationaux qui tissent, chaque été, une autre histoire.
Par leurs différentes actions dans les medias, auprès des journalistes et des institutions, certains membres d’une association écologique hydriote souhaitent interdire la mise en place de l’ oeuvre d’art de Maria Tsagkari, lauréate du prix HYam, dans l’espace public d’Hydra.
En premier lieu, il est important de rappeler l’engagement de Hyam en faveur de la jeune scène artistique méditerranéenne et particulièrement de la scène hellène. Hyam est une association franco-grecque qui a construit un projet artistique global s’articulant autour de trois événements à Paris et à Hydra. Ce projet est composé d’ un prix biennal dédié pour chaque édition à un pays du bassin méditerranéen récompensant un artiste de moins de 36 ans, remis à Paris suivi par une exposition des finalistes et enfin de l’installation d’une oeuvre dans l’espace public d’Hydra confiée au lauréat.
L’association souhaite ainsi mettre ainsi en valeur le lien indéfectible qui unit la France et la Grèce,  éclairer le caractère unique et intemporel de l’île d’Hydra aux yeux d’ un public international et offrir une nouvelle visibilité aux jeunes artistes des pays de la Méditerranée muselés par des conditions géopolitiques souvent difficiles.
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Pour la première édition de son projet, Hyam a choisi la Grèce et Chypre. En juillet 2014, un jury international présidé par Alain Seban, alors président du centre Pompidou et composé de personnalités du monde de l’art (Girogos Agouridis, président du centre culturel de la Fondation Stavros Niarchos ; Anna Kafetsi, alors directrice de l’EMST ; Adelina von Fürstenberg, présidente de l’ONG Art for the World ; Xenia Geroulanos et Thaddaeus Ropac de la Galerie Thaddaeus Ropac ; Katerina Gregos, curatrice  ; Andreas Kourkoulas et Maria Kokkinou, architectes ; Emmanuel Saulnier, artiste, professeur à l’école des Beaux-Arts ; Thierry Ollat, directeur du MAC Marseille ; François Tajan, président délégué de la Maison de vente Artcurial) a élu Maria Tsagkari parmi vingt artistes sélectionnés.
En janvier dernier, l’exposition des derniers travaux de la lauréate et des trois finalistes du prix a été gracieusement accueillie dans les prestigieux locaux de la maison de vente Artcurial, Rond-Point des Champs-Elysées à Paris ouvrant ainsi de nouveaux horizons aux quatre artistes.
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Aujourd’hui, Maria Tsagkari, la lauréate, met en oeuvre son projet « The Blue as a New Green » pour l’espace public d’Hydra programmé pour l’été 2016.  S’appuyant sur la compétence de professionnels, Maria Tsagkari a ainsi imaginé une composition de fleurs et de plantes bleues qui tapisseront les rochers d’Hydra face à la mer, révélant par des touches azurées, inattendues dans le paysage,  le rapport intime de la roche avec la mer. L’artiste qui a travaillé avec beaucoup de poésie et un extrême respect de l’environnement a pris en compte la particularité historique et architecturale de l’île. Ces petites sculptures, copies réalistes des plantes qui poussent déjà sur l’île d’Hydra, seront réalisées à l’aide de deux matériaux différents : une résine non agressive pour l’environnement et un aluminium peint avec une couleur électrostatique. L’étude de la construction et de la maintenance a été faite dans les règles de la conservation des antiquités. Respectant des normes réversibles et non agressives, ces sculptures seront placées dans les crevasses déjà existantes en remplacement des plantes habituelles et ne modifieront en aucun cas l’état initial de la roche.
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Ce sont ces multiples raisons qui ont convaincu l’association HYam de soutenir ce projet artistique. Nous osons croire que les objections formulées par les membres de l’association hydriote sont dues à une méconnaissance de la nature de l’oeuvre privant ainsi l’île d’Hydra d’un enrichissement culturel et d’une visibilité internationale en ces temps chahutés où la Grèce a plus que jamais besoin d’initiatives privées.

  

En 2014, HYam créait le Prix de la Jeune Scène artistique méditerranéenne en partenariat avec la Fondation Jean-Luc Lagardère : ce prix récompensait une jeune artiste grecque, Maria Tsagkari, choisie par un jury international parmi les quatre finalistes dont le travail éclairait la diversité de la jeune scène gréco-chypriote tant du point de vue esthétique qu’idéologique, avec comme fil conducteur, le passé pour seul avenir.
HYam, qui a depuis lors étoffé sa structure notamment avec l’ouverture d’une filiale en Grèce nécessaire pour la réalisation des projets in-situ à Hydra, met en place le second volet de son projet de soutien aux jeunes artistes de la scène méditerranéenne : l’exposition des travaux des quatre artistes finalistes – Rania Bellou, Marianna Christofides, Maria Tsagkari, la lauréate, et Athanasios Zagorisios -.
Intitulée « erotimatiko», l’exposition aura lieu du 8 au 17 janvier 2016. Ouverte à tous les publics grâce à l’accompagnement de médiatrices spécialisées, elle sera enrichie par l’édition d’un catalogue bilingue spécialement conçu pour l’occasion.
En accueillant cette exposition, François Tajan, président délégué de la maison de ventes Artcurial et membre du premier jury, renouvelle ainsi sa confiance et son soutien au projet HYam.
Cet été, l’exposition va voyager :  elle sera présentée sur l’île d’ Hydra en parallèle à l’installation de Maria Tsagkari, la lauréate – troisième volet du projet HYam- dans l’espace public de l’île.
par Pauline Simons
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Projet de Maria Tsagkari pour l’espace public d’Hydra

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Dans la langue grecque, le point d’interrogation -erotimatiko- est figuré par notre point virgule. Ce signe de ponctuation peut donc évoquer à la fois ce questionnement qui émaille aujourd’hui le pays des dieux et plus largement la mise en parallèle d’une situation transitoire où :
« ce qui est ancien est en train de mourir et ce qui est nouveau ne peut pas naître » (Antonio Gramsci).
En présentant à Paris les travaux (dessins, vidéos, installations) de quatre jeunes artistes gréco-chypriotes, finalistes de la première édition du prix de la jeune scène artistique méditerranéenne, l’association HYam souhaite ainsi mettre en lumière différentes visions esthétiques de ces interrègnes qui stigmatisent non seulement la Grèce et Chypre mais aussi tout le bassin méditerranéen. Les conséquences d’une crise économique qui s’étire filtrent lentement, insidieusement mais âprement. En mêlant sur le papier différents morceaux de vie – dont la sienne – dans différents espaces-temps, Rania Bellou évoque le passage nécessaire de la sphère intime à la sphère publique; dans son film vidéo Days In Between, Marianna Christofides souligne la réalité de ces paysages d’entre-deux, de ces frontières à l’est indéfinies et oubliées et de fait mouvantes ; en imposant The Blue as The New Green, Maria Tsagkari, rappelle la quête de « l’ impossible rêve » et aussi comme l’évoquait Victor Hugo, la valeur des chimères. L’oeuvre d’Athanasios Zagorisios n’est-elle pas une tentative esthétique de questionner à travers l’expérience scientifique ce sentiment d’ éphémère qui se fait encore plus prégnant en ces temps difficiles ?

 

Maria TSAGKARI, lauréate
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The New Green : Heinrich Did It esquisse de l’installation pour l’exposition .

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Exemple de fleur naturelle passée par la fonderie et peinte en bleu.

Maria Tsagkari qui avait ciselé des jardins-installations de cendres, tissé des tapis éphémères aux sinuosités végétales, dessiné des labyrinthes sur un aluminium glacé, poursuit ses recherches sur la symbolique et la possible transformation de l’espace vert. The Blue as The New Green… Et si une société scientifique était un jour capable de transformer l’ADN des plantes corrigeant ainsi la vision de la nature et plus largement la perception du monde… Dans ses derniers projets qu’il s’agisse d’une oeuvre pérenne pour l’espace public d’Hydra – troisième volet du projet Hyam – ou de la composition d’un jardin suspendu, Maria Tsagkari s’attache au mythe de cette fleur bleue qui hantait déjà les héros romantiques. Heinrich von Ofterdingen, protagoniste du roman inachevé de Novalis ne passait-il ses journées à la chercher ? Emblème de la poésie pure, de l’unité intérieure, d’un infini inaccessible et aussi d’une passion inassouvie, Maria Tsagkari l’impose dans chacune de ses oeuvres comme pour mieux signifier une réalité moderne qui, face aux diktats de tout ordre, oscille entre la foi dans l’impossible et la croyance dans l’irrationnel.

 

Rania BELLOU

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I am also a word a thing II Dessin au crayon sur papier Kozo. 68 x 47,5 cm

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Dessin au crayon sur papier Kozo. 68 x 47,5 cm. Courtesy Kalfayan Galleries Athens-Thessaloniki

Rania Bellou réinvente des morceaux de vie, inonde les blancs. En glanant ça et là des archives ou en fouillant dans des journaux intimes trouvés par hasard – le dernier témoigne des écrits, pensées, réflexions du poète grec Panos Stanis, actif dans les années 50 – ou ailleurs, l’artiste trouve de formidables accroches pour amorcer une nouvelle histoire. Fidèle à une technique où elle mêle la précision réaliste du trait noir à l’évanescence d’un gris flouté ou à la transparence d’un papier japonais, Rania Bellou s’inspire d’une intrusion, d’une forme de voyeurisme pour nourrir son récit et lui permettre de créer une fiction où elle glissera aussi sa propre histoire. On passe ainsi, furtivement, de la sphère privée à la sphère publique, du particulier au général. En tournant les pages de son livre d’artiste où chacun des 100 dessins au crayon ne peut exister que l’un par rapport à l’autre, on saisit aussi la singularité des histoires qui se font et se défont dans un espace temps laissé au bon vouloir de l’artiste. Ici, réalité et fiction s’entremêlent à l’envi laissant au spectateur le soin de réécrire sa propre histoire.

 

Marianna CHRISTOFIDES
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Days In Between. Essai cinématographique. Regards entendus dans les Balkans.

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Comme une vidéo s’intègre à l’architecture d’un lieu.

In the Balkans a new country begins beyond every river… it comes from a country were the borders have been drawn with a giant ruler through vast grain-billowing fields… ponctue en arrière-plan la voix de Days In Between, dernier film de Marianna Christofides. Suite à un incident technique, l’artiste, caméra à l’épaule, a du parcourir une nouvelle fois, les Balkans et ces paysages d’entre-deux bordés d’eau, là où les frontières sont mal définies et mouvantes. Tous ses repères, avaient, comme par enchantement, disparu soulignant ainsi le désarroi de ces lieux oubliés sans cesse à reconsidérer et à réinventer. En relevant ces phénomènes de mutation de manière à la fois poétique et distanciée, elle laisse au temps cette flexibilité que nos sociétés occidentales ont corseté. Dans ces lieux de solitude où, comme dans les films de Tarkovsky, l’eau, cet « élément de l’intermédiaire » est omniprésente, il faut imaginer Sisyphe heureux… C’est avec ces mots d’Albert Camus que le film s’achève.

 

Athanasios ZAGORISIOS
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Cyclododecane. Installation composée de trois cubes.Le processus de sublimation d’une variété d’ hydrocarbure.

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Allostasis/Homeostasis. Le cycle de l’eau recréé avec l’effet Peltier

Athanasios Zagorisios met en exergue l’esthétique de certains phénomènes naturels et décrypte ainsi les arcanes de la science. Que savons-nous des différents stades du « processus de sublimation » (passage de l’état solide à l’état gazeux) du Cyclododecane ? Cette variété d’hydrocarbure employée dans la restauration et la consolidation a une vitesse de sublimation qui varie – de manière sublime – selon les variations de température, de volume et de pression.
Nul n’ignore que l’air chaud est plus léger que l’air froid… Son réchauffement par une simple ampoule posée au sol, met en oeuvre un cycle de dilatation invisible à l’oeil nu qui peut faire danser un fil de soie… Parfois, l’artiste interpelle l’imaginaire de manière frontale et sensorielle. Imaginez un morceau de textile parfumé dont la fragrance ne sera perceptible qu’en s’en approchant. L’artiste a choisi la sphère olfactive pour poser une question d’ordre proustien : quelle peut être la forme d’un élément que l’on peut pas voir et de quelle manière peut-on s’en souvenir ?
Contact Presse Prix de la jeune scène artistique méditerranéenne  Agence L’art en plus 11 rue du Bouquet de Longchamp, 75116 Paris 01 45 53 62 74
Virginie Burnet Tél : +33 (0)6 87 77 75 54 v.burnet@lartenplus.com
Olivia de Smedt Tél : +33 (0)6 09 72 59 43 o.desmedt@lartenplus.com
ARTCURIAL 7, Rond – Point des Champs – Elysées 75008 Paris. Exposition du 8 au 17 janvier 2016. Du lundi au vendredi de 11 h à 19 h, samedi de 11 h à 18 h, dimanche de 14 h à 18 h. Vernissage le jeudi 7 janvier de 18 h à 21 h sur invitation.

 

En 2014,  HYam créait le prix de la Jeune Scène artistique méditerranéenne en partenariat avec la Fondation Jean-Luc Lagardère : remis chez Artcurial, ce prix récompensait une artiste grecque de moins de 36 ans. L’association qui s’est étoffée -elle a aujourd’hui une filiale en Grèce- met en place le second volet de son projet : du 8 au 17 janvier 2016, elle présente  les derniers travaux des quatre finalistes du prix : Rania Bellou, Marianna Christofides, Maria Tsagkari, la lauréate, Athanasios Zagorisios. En accueillant l’exposition, François Tajan, président délégué de la maison de ventes Artcurial renouvelle ainsi sa confiance dans  le projet HYam.
Pauline Simons

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Quelques mots sur l’exposition

ερωτηματικο ; erotimatiko ?

Dans la langue grecque, le point d’interrogation -erotimatiko- est figuré par notre point virgule. Ce  signe de ponctuation peut donc évoquer à la fois l’art du questionnement qui émaille aujourd’hui le pays des dieux  et plus largement la mise en parallèle d’une situation où « ce qui est ancien est en train de mourir et ce qui est nouveau ne peut pas naître »(Antonio Gramsci).
En présentant à Paris quatre jeunes artistes de la scène gréco-chypriote, finalistes de la première édition du prix de la jeune scène artistique méditerranéenne, l’association HYam souhaite ainsi mettre en lumière différentes visions esthétiques de ces interrègnes qui stigmatisent non seulement la Grèce mais aussi tout le bassin méditerranéen.

HYam PROJECT Petit rappel

Le projet HYam est un projet artistique global entre Paris et Hydra qui s’articule autour d’un schéma triangulaire
-un prix biennal dédié, pour chaque édition, à un pays de la Méditerranée et récompensant un/une jeune artiste de moins de 36 ans.
-une exposition collective à Paris pour les finalistes de chaque prix avec l’édition d’un catalogue.
-la production et l’installation d’une oeuvre pérenne dans l’espace public d’Hydra réalisée par le/la lauréate du prix.
Depuis le 2 juillet dernier, date de la remise du prix HYam chez Artcurial, en partenariat avec la fondation Jean-Luc Lagardère,  le projet s’est à la fois étoffé, précisé, articulé… Cet été. Avec une soudaine évidence.
par Pauline Simons
HYam dispose aujourd’hui d’une structure afin d’ étayer la suite. Les statuts de l’Association ont été déposés à l’automne.
En juillet dernier, le jury du Prix HYam, présidé par Alain Seban, président du Centre Pompidou avait choisi Maria Tsagkari parmi les quatre finalistes grecs et chypriote de moins de 36 ans. Désormais, le prix aura lieu tous les deux ans. Prochaine édition en 2016. Après la Grèce et Chypre, HYam va aller à la rencontre de la jeune scène artistique d’un autre pays de la Méditerranée. Mais en alternance, telle une réponse, deux nouveaux temps. Entre Hydra et Paris. 

Une oeuvre pérenne à Hydra

Le/la lauréat/e du prix HYam aura ainsi  l’opportunité de créer une oeuvre pérenne dans l’espace public de l’île d’Hydra en Grèce. Produite par HYam, avec le soutien de partenaires financiers, la création de Maria Tsagkari, lauréate du prix 2014, sera la premier jalon d’une promenade  qui débutera en bord de mer avant de flirter avec les rochers. L’artiste planche déjà sur différents projets, autant d’ ébauches poétiques, exigentes et attentives au caractère singulier du lieu. Maria Tsagkari sera accueillie en résidence sur l’île afin de monter son oeuvre avec l’aide des habitants de l’île.

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Une exposition pour les quatre finalistes

Souvenez-vous. Lors de la soirée du prix aucune oeuvre n’avait été montrée. Seules les vidéos des artistes réalisées spécialement pour HYam rythmaient la scénographie. A sa création, HYam avait prévu d’ exposer ensuite le/la lauréat/e dans un lieu ou une institution parisienne.  Réflexion faite, il aurait été dommage de boucler la boucle ainsi. La remise d’un prix, aussi festive et fédératrice soit-elle, a toujours un versant élitiste et réducteur. L’association a donc décidé de consacrer la ou les expositions -selon ses moyens- aux quatre finalistes. Ce matin dans  le Quotidien de l’art (10 décembre) Roxana Azimi dévoilait les nouvelles propositions du Prix Marcel Duchamp qui font écho -toutes proportions gardées- à la nouvelle articulation du projet Hyam. A Beaubourg, à partir de l’automne 2016, seront, en effet, montrés les travaux des quatre finalistes et plus seulement celui du lauréat. Comme le soulignait Alain Seban, « Cette formule met moins l’accent sur la compétition mais davantage sur la diversité de la scène française. » De notre côté nous recherchons une institution parisienne afin d’accueillir les oeuvres de nos finalistes. Nous y travaillons d’arrache-pied. Par un juste retour des choses, cette exposition offrira une belle visibilité aux artistes  tout en éclairant la diversité d’une scène étrangère et méconnue.

The meeting point (2013) – Maria Tsagkari

Hydra, piqûre de rappel

L’île d’Hydra qui est située au sud d’Athènes et regarde le Péloponnèse, tricote une singularité quotidienne. Au pays des dieux, la perle noire du golfe Saronique est une taiseuse qui déteste les stilettos et ne s’apprivoise qu’à pied, à dos de mule ou en bateaux taxis. Délibérément cosmopolite, Hydra accueille chaque été des expositions d’art contemporain dans des lieux aussi singuliers que le vieil abattoir repris en 2009 par le collectionneur Dakis Ioannou, l’ancien lycée où Dionisis Antonitsis, escorté par la fondation NEON et Dimitri Daskalopoulos, déroule une programmationn internationale ou encore le Workshop de Pauline Karpidas, collectionneuse et mécène anglaise, un bel espace adossé aux boutiques qui était jadis un garage à bateaux. 

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L’île est devenue le repaire des habitués des grandes foires internationales : avec ses demeures patriarcales construites dans un style vénitien à la fin d’un XVIIIème siècle où les armateurs faisaient la pluie et le beau temps, avec ses dédales de pierre, ses rochers tombant à pic et son silence moyenâgeux, mécènes, collectionneurs, galeristes et artistes l’ont préférée à beaucoup d’autres. Redécouverte au début des années 60 par une poignée de cinéastes, peintres, écrivains et poètes, cette enclave en mer Egée qu’Henry Miller comparait à une énorme tranche de pain pétrifié, cimente aujourd’hui sa réputation.
Je ne résiste pas à l’envie de vous poster -à retardement- ces images prises dans l’ancien lycée Hydra à la fin de l’été. Comme chaque année, Dimitris Antonitsis, escorté par la Neon Foundation,  nous a fait part de ses choix mêlant artistes grecs et étrangers, connus ou moins connus. La moisson de cet été était plutôt bonne; on y retrouvait les oeuvres d’Heimir Bjorgulfsson, de Saint Clair Semin, Graham Collins, Lovett/Codagogne mais aussi celle de Martha Dimitropolou, d’Andreas Lolis, Giorgos Lappas, Dionisis Christfilogiannis . Le maître des lieux avait également fait une sélection d’artistes ayant vécu ou vivant à Hydra, autodidactes, intellectuels ou artistes contemporains reconnus tel Brice Marden. 
L’été c’était hier…
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All Ice Is Not Formed Equal, 2014, d’Heimir Bjorgulfsson, melon artificiel et pinson empaillé. Un titre qui distille le doute et insiste sur l’étrangeté de choses que parfois, nous ne voyons plus. Représenté par la galerie Barbara Seiler.

 

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Cherub (The Angel of the market) de Saint Clair Semin, 2014 fibre de verre et miroirs. L’artiste brésilien qui avait participé à la rénovation de l’hôtel de Montgelas (Musée de la Chasse et de la nature) avait alors qualifié ses réalisations de « Roccoco sauvage ». C’est encore vrai aujourd’hui. Représenté par la Paul Kasmin Gallery.

 

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Untitled d’Andreas Lolis, 2014, marbre en quatre parties. Un matériau symbolique de l’histoire de la sculpture au service de l’éphémère et des détritus. Représenté par la Breeder Gallery.

 

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Crown, de Martha Dimitropoulou, 2009, aiguilles de Pin. Depuis déjà quelques années, l’artistes s’attaque au symboles de la richesse, de l’autorité et du pouvoir en les recouvrant d’aiguilles que la nature rejette. Représentée par Ileana Tounta Contemporary Art Center.

 

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Untitled de Gregoris Anargyrou (1080-2004). Hydriote et homme de la terre habitué aux durs travaux, il décida à sa retraite de sculpter les visages de ses amis.

 

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Abracadabra de Dionisis Christofilogiannis, 2014. Recouverte de dentelle, la porte de l’ancien lycée d’Hydra retrouve ici un caractère insulaire où la tradition est encore très ancrée.

 

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Phallus de Ioannis Kardamatis, 1950-2009, or et céramique. Timothy Hennesy et Ioannis Kardamatis firent de leur maison hydriote une plateforme intellectuelle où les normes, selon les préceptes de la Renaissance, étaient transgressées.

 

 

 

 

 

 

Comme chaque été depuis 2009, les anciens abattoirs d’Hydra se plient à l’art contemporain. De manière ludique et inattendue avec the secret of the Phaistos Disc, l’oeuvre de Pawel Althamer.   
On nous a si bien appris la mise à distance et les tours de piste qu’il est parfois encore difficile d’entrer dans la danse même si on nous y invite. Le public est habitué aux musées sanctuaires. Et pourtant comme l’année dernière, dans les anciens abattoirs d’Hydra, lieu dédié à l’art contemporain depuis 2009, la Fondation Deste et Dakis Ioannou, son fondateur, lézardent les habitudes en proposant des expositions interactives. En 2013, Urs Fisher avait convié promeneurs, touristes, insulaires, enfants et grandes personnes à pétrir la terre en bord de mer et à créer des objets in situ qui vivaient leur vie sous le soleil. 

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Cette année, c’est Pawel Althamer qui a été invité à prendre possession de ce lieu singulier qui lui va comme un gant. L’artiste polonais est en effet coutumier des convocations anti-conformistes.  Souvenez-vous. Déjà, en 2003, il avait demandé à des immigrants polonais de détruire l’espace de la Wrong Gallery de New York afin de la reconstruire à l’identique : un geste audacieux qui égratignait la sacro-sainte autorité artistique. De la même manière, à Berlin, il avait transformé le « white cube » de la galerie Neugerriemschneider en un lieu désolé et vide, rappelant son état originel, après la chute du Mur et avant l’embourgeoisement du quartier. 

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Dans cet espace confiné mais chargé, Pawel Althamer incite ici les visiteurs  à chambouler son installation selon leur inspiration ou leur humeur. Ere de jeu, scène d’un théâtre miniature, happening ?  Jalonnée de figurines articulées et amies ainsi que d’objets familiers à différentes échelles, l’oeuvre de l’artiste, conglomérat de sculpture et de performance, incite à faire le point : sur la famille, sur le caractère des relations humaines, sur les structures sociales et plus largement sur cette« famille universelle » qui peuple la cité. Ce sont les enfants de l’artiste qui, lors du vernissage, ont été les protagonistes de l’ installation : ils ont recomposé à l’envi les scènes d’un quotidien un peu baroque où siège le disque de Phaistos, l’un des plus grands mystères de la cryptologie. En greffant ici une mobilité participative, Althamer repousse encore les limites de la sculpture.

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Inutile de préciser que les jeunes visiteurs ont trituré à foison cet espace de liberté. Les adultes sont en général plus circonspects. Bien que cela ne tombe pas sous le sens, certains n’hésitent pas toutefois à plancher sur le fameux disque de Phaistos, relique de terre cuite de la civilisation minoenne, et à imaginer in situ autour de ces mystérieuses hiéroglyphes d’autres graphismes à coups de crayons et de couleurs. Au coeur de l’été, tout ici fait appel d’air.
Slaughterhouse, Hydra. Jusqu’au 29 septembre. www.deste.gr 

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Invité en résidence par la Fondation d’entreprise Galeries Lafayette, Simon Fujiwara a réalisé une l’œuvre pour la 5ème édition du Nouveau festival du Centre Pompidou. Fruit d’une longue histoire : alors qu’il faisait ses études d’architecte, Simon Fujiwara avait été frappé par la structure du centre. Trop colossale ? Il jura alors de ne jamais devenir architecte, piqua une rose sur la terrasse du restaurant Georges, la laissa sécher et la garda. Aujourd’hui le plasticien revisite le centre : avec New Pompidou, il nous offre une vision personnelle d’un musée jumeau en une seule pièce. Portée de la rue du Plâtre jusqu’ au musée comme dans les processions de la Pâque orthodoxe, une fête reine et joliment théâtrale en Grèce. A Hydra, ce long cheminement s’achève dans la mer. La suite, Samedi.

par Pauline Simons

Simon Fugiwara

New Pompidou à la Fondation d’entreprise Galeries Lafayette. Prêt à quitter les lieux

Simon Fugiwara
simon fugiwara

 

Depuis l’an 2000, l’ancien lycée d’Hydra a lui aussi changé de vocation. Ce lieu historique qui joua un rôle clé durant la révolution grecque est devenu une sorte d’enclave qui accueille durant la période estivale des œuvres choisies d’artistes protéiformes, grecs et étrangers, émergents et confirmés.
C’est à Dimitri Antonitsis, à la fois artiste et curateur que l’on doit le choix des thématiques ainsi que la sélection des travaux présentés  dans ces anciennes salles de classe où semblent encore bruisser des cris d’enfants.
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L’exposition 2013 Poetry rend un hommage en pointillé à Constantin Cavafy, poète secret, cosmopolite et méconnu de son vivant dont on célèbre cette année le cent-cinquantième anniversaire de la naissance. Nous avons aimé les mots à murmurer de Ugo Rondinone, les décalages Art & Crafts de Dionisis Kavallieratos , les préceptes brodés sur les housses de Ghada Amer, les saucissonnages de Phillipa Horan
Po(-)i-tré, Hydra School Projects, jusqu’au 28 septembre.