Pour le 25ème anniversaire de la disparition de Jean Tinguely, la galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois ont réactivé quelques unes de ses machines conçues dans les années 60. Un rendez-vous que vous retrouverez aussi sur le Point.fr
par Pauline Simons
Rue de Seine, toutes les heures, quatorze machines de Jean Tinguely s’agitent avec un systématisme enchanteur.
Enervés par des ressorts fébriles, un singe en peluche cerné de plumes est soudain pris de pris de hoquets juste avant qu’une grande faucheuse, endiablée, ne caracole. Tous deux condamnés à une danse de Saint-Guy éternelle.
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Wackel-Baluba (Catalogue Raisonné n°338) 1963 Socle en acier, barres de fer, ressorts et fils électriques, jouets en plastique, plumes, singe en plastique, moteur électrique 220 volts 126 x 40 x 64 cm Courtesy NCAF et Galerie GP & N Vallois, Paris Photo : André Morin

C’est avec un humour absurde et une sorte de gaité quelque peu tragique que Jean Tinguely prédisait la fin de la machine en des temps où le numérique était encore dans les limbes. « Je mets la machine en doute, je crée un climat de critique, de ridiculisation. J’introduis de l’ironie. Mes machines sont ridicules ou alors elles sont belles, mais elles ne servent à rien », avait-il déclaré.
Après une première exposition consacrée à ses travaux des années 50 , Georges-Philippe et Nathalie Vallois remettent en lumière et en marche des pièces de la décennie suivante, années particulièrement fécondes pour l’artiste, marquées par des expériences et des audaces nouvelles. C’est une période où l’art se réinvente. « On ne dessine pas plus qu’on ne peint ou ne sculpte : on récupère, on détruit, on enregistre, on diffuse, on parle ou on écoute le silence », note Camille Morineau dans la préface du catalogue de l’exposition.
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Vue de l’exposition

 En 1960, le séjour de Tinguely aux Etats-Unis est à marquer d’une pierre blanche. C’est dans ce pays alors en pleine effervescence qu’il rencontre Marcel Duchamp, mais aussi Frank Stella, Jasper Johns, Robert Rauschenberg… une pléiade d’artistes qui composent déjà avec des objets de rebut et des déchets métalliques. « Hommage à New York », sa première machine autodestructrice, destinée à exploser dans le Jardin du Museum of Modern Art a frappé les esprits tout en le rendant mondialement célèbre. De l’autre côté de l’Atlantique, le Nouveau Réalisme, mouvement fondé officiellement en octobre 60 au quel Tinguely apportera une patte toute mécanique, va lui aussi procéder à « un recyclage poétique du réel urbain, industriel et publicitaire » -pour reprendre les termes de Pierre Restany- et placer l’objet quotidien au centre de l’œuvre.
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Vive la Muerta (sic. en espagnol la bonne expression est « Viva la Muerte ! ») (Catalogue Raisonné n°341) 1963 Cadeau de Jean Tinguely à Niki de Saint Phalle Socle en acier, métal, jouet à ressorts, moteur électrique 76 x 19 x 24 cm Courtesy NCAF et Galerie GP & N Vallois, Paris Photo : André Morin

Dans cette vague de permanente remise en question, de frénésie et de conscience politique, Tinguely est peut-être le seul à avoir « fait du mouvement machinique son propre principe de changement ». Le point fort de cette exposition est de présenter différentes déclinaisons et sources d’inspiration de ses machines. Exposée dans le second espace, la série des Radios de 1962 montre à quel point le son, ici complètement déglingué, a toujours été pour l’artiste un élément de recherche, au même titre que le mouvement et la forme. Au contraire, la série plus connue des Baluba de 1963 inspirée par les magnifiques guerriers d’un Congo troublé et représentée ici par deux pièces, offre une vision ludique et étrangement plus féminine de la machine parce qu’inspirée par sa relation avec Niki de Saint-Phalle : tandis que ses œuvres à lui se parent de plumes, de fourrures et de jouets, celles de sa compagne se durcissent.
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Radio WNYR 12 (Catalogue Raisonné n°1138 sous le n°11) 1962 Feuilles de plexiglas, fixations en métal, radio, moteur électrique 61,5 x 60,5 x 15,5 cm Numéroté n°12, signé et daté (gravé) en haut à gauche / signé et daté au dos « NY 62 » (gravé) Courtesy NCAF et Galerie GP & N Vallois, Paris Photo : André Morin

1963 est une année charnière dans l’œuvre de Tinguely : c’est celle où les pièces deviennent noires tandis que le son se fait beaucoup plus assourdi. Les deux machines les plus récentes de l’exposition -La Cloche et Bascule V- ont été réalisées quatre ans plus tard. Le registre a changé et la veine est plus moderniste. L’artiste rompt ici avec l’esthétique de la récupération et avec l’esprit du Nouveau Réalisme, revenant à une pratique plus conventionnelle de la sculpture comme le soulignait Michel Gauthier, conservateur au Centre Pompidou à propos de Requiem pour une feuille morte, pièce maîtresse de cette année-là qui évoque immanquablement Les Temps modernes de Charlie Chaplin (1937).
« C’est peut-être l’esprit de Sisyphe, avec ce va et vient perpétuel ne débouchant sur rien, qui caractérise l’œuvre de Jean Tinguely. » conclut le conservateur. Mais, au fond, ne faut-il pas imaginer Sisyphe heureux ?
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La Cloche (Catalogue Raisonné n°429) 1967 Socle en acier, fer, barres d’acier, roue, cloche d’alarme, moteur électrique 230 x 90 x 90 cm Courtesy NCAF et Galerie GP & N Vallois, Paris Photo : André Morin

 Jean Tinguely ‘60s, Galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois 33 et 36, rue de Seine, 75006 Paris (01.46.34.81.07) www.galerie-vallois.com

 

 

 

 

 

 

 

Avec 4000 visites quotidiennes dans un espace qui ne peut accueillir simultanément que 300 personnes, l’exposition Paul Klee a gagné la faveur du grand public. Décryptage avec Angela Lampe, conservateur au Centre Pompidou et commissaire de l’exposition qui se termine le 1er août. C’est aussi sur le Point.fr
par Pauline Simons
Le pari n’était pas gagné. Paul Klee est un artiste connu mais aussi méconnu. Son œuvre est complexe, exigeante et inclassable. La dernière rétrospective qui lui avait été consacrée en France date de 1969. Pensez-vous que l’effet rareté ait joué un rôle capital dans le succès de l’exposition ?
C’est un élément essentiel qui a une grande résonance dans le public parce qu’associé au plaisir de la découverte ou de la redécouverte. Mais outre le fait qu’il n’y ait pas eu de rétrospective en France depuis presque cinquante ans, l’exposition Paul Klee, riche de près de 230 pièces, met aussi en lumière des œuvres peu connues, comme ses sculptures, un genre qui occupe une place réduite dans sa production puisqu’il n’en réalisa qu’une cinquantaine. Nous avons également pris le parti de créer la surprise en présentant des pièces qui ne sortent presque jamais des musées et avons eu la chance de bénéficier de prêts exceptionnels. Ainsi, pour la première fois dans le contexte d’une exposition, ont été réunies les deux oeuvres ayant appartenu au philosophe Walter Benjamin même si Angelus Novus, l’une des deux, jamais montrée en France, n’a pu être exposée que durant deux mois à cause de sa fragilité. C’est une des raisons pour laquelle, beaucoup d’oeuvres de Klee, notamment ses dessins, sont rarement visibles. On ne peut donc pas imaginer une exposition itinérante… Les visiteurs ont pris conscience qu’un tel événement ne se reproduirait pas de sitôt. Le public n’est pas dupe et il aime être pris au sérieux. Et puis le bouche à oreille, amplifié par les réseaux sociaux, a été un véritable relai médiatique. D’autant que les photos sont autorisées.

Sans titre (deux-poissons, un-hameçon, un ver) 1901, collection-privée-En dépôt au Zentrum Paul Klee, Berne

Si l’on fait abstraction du phénomène  Jeff Koons avec 5 000 visiteurs journaliers,  le public a plutôt tendance à plébisciter l’art moderne ?  Pour quelle raison ?
En offrant une distance historique, l’art moderne rassure. Il est plus à même d’apprivoiser un public peu averti qui connaît le nom de l’artiste sans pour cela bien connaître son travail. Et ce public-là a envie d’apprendre, d’aller à la rencontre d’une oeuvre.  En comparaison, l’art contemporain, si l’on n’est pas versé dans ce domaine, est d’une approche plus complexe. Le manque de références peut être considéré comme une prise de risque et exige un temps de recherche… Quand on connaît l’offre pléthorique parisienne… Par contre, il est capital de présenter les artistes modernes avec un regard contemporain afin d’être en phase  avec notre temps.
Insula dulcamara

Insula dulcamara 1938 Zentrum Paul Klee Berne

Quel thème avez-vous donc choisi pour aborder l’œuvre de Paul Klee ?
Renouveler la lecture de son oeuvre était essentiel pour attirer les visiteurs. C’est au travers de l’ironie qui autorise une double lecture, que nous avons choisi d’aborder son travail.  L’ironie est à la fois un mot familier et une pratique que chacun d’entre nous a un jour utilisée mais dans l’oeuvre de Paul Klee c’est aussi une figure de style qui interpelle et un outil qui permet de dévoiler ses recherches de manière scientifique. Si le visiteur souhaite lire les cartels, il peut ainsi découvrir de quelle manière, Klee a, tout au long de son parcours, affiné une stratégie en jouant sur les antagonismes et de quelle façon il est parvenu à dénoncer les dogmes et les normes établis par ses contemporain en s’adossant à l’ironie romantique, terme que l’on doit à Friedrich Schlegel, philosophe allemand du XVIIIème siècle. Celui-ci situe l’ironie dans l’union des contraires , « bouffonnerie transcendantale » qui exalte la prise de distance critique, unique condition pour conquérir la liberté et pouvoir suivre son chemin.
PAUL KLEE Angelus novus 1920 Jerusalem The Israel Museum

Angelus novus 1920 Jerusalem The Israel Museum

Le public semble prêter une lecture attentive aux cartels, d’autant plus essentiels pour comprendre une oeuvre complexe. Mais ceux-ci peuvent aussi détourner le regard…
Il est vrai que la rédaction des cartels n’est pas un exercice facile même si, aujourd’hui, il fait partie intégrante d’une exposition. Les textes doivent éclairer et accompagner un public grandissant en quête d’une information accessible et fluide mais avant tout ils doivent lui donner envie de regarder l’oeuvre. C’est un véritable travail de ciselure : nous prenons soin de ne jamais être didactiques et de ne pas décrire un dessin ou une peinture afin de laisser la porte ouverte à l’imaginaire. En France, c’est une pratique qui n’est pas récente comparativement à un pays comme l’Allemagne. Le texte est au service de l’oeuvre tout comme la scénographie. Pour la rétrospective Paul Klee, nous avons du composer des modules relativement petits -raison pour laquelle nous ne pouvons accueillir simultanément que 300 visiteurs- parce que l’artiste a beaucoup créé sur des petit formats. Ce sont tous ces éléments mis bout à bout qui font le succès d’une exposition.
Paul Klee, L’ironie à l’oeuvre, Centre Pompidou. Jusqu’au 1er Août.
A Paris au mois d’août ?  Ne manquez pas la rétrospective de l’artiste d’origine palestinienne au Centre Pompidou. C’est aussi sur lepoint.fr
Texte et photos  Pauline Simons
« Organisée comme une cartographie et non comme une rétrospective, » précise Christine Van Assche, commissaire de l’exposition la plus complète consacrée à ce jour à Mona Hatoum. La conservatrice, qui avait déjà accueilli l’artiste au Centre Pompidou en 1994, a préféré les mises en regards à la raideur chronologique. Au fil d’une centaine d’œuvres couvrant quarante ans de création, s’entremêlent ainsi les grands plages esthétiques de l’artiste laissant au visiteur beaucoup de souplesse pour parcourir ce florilège et y tracer ses propres méandres. L’œuvre de Mona Hatoum a souvent été mesurée à l’aune de ses engagements socio-politiques. Qu’à cela ne tienne ! Pour cette artiste britannique d’origine palestinienne, les prises de position face à la dislocation, à l’appartenance, et aux frontière ont affleuré naturellement : Mona Hatoum est née à Beyrouth de parents palestiniens qui n’ont jamais obtenu jamais la nationalité libanaise et elle-même a vécu l’exil à Londres, quand la guerre civile a éclaté au Liban en 1975.

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Cependant, plutôt que de marteler ses opinions, l’artiste les cisèle ; en déstabilisant la perception, en détournant les objets et les images, en adossant les contraires, en distillant des sucs aigres doux. Par d’incessants allers et retours, elle passe ainsi de l’universel à l’intime, de la forme à l’idée. Avec gravité, poésie et application. Et tous les moyens sont bons : vidéos, performances, installations, dessins, photos, sculptures… En près de quarante ans ans, Mona Hatoum a exploré les différents média et leurs subtilités…
"Corps étranger", 1994, la dernière vidéo de Mona Hatoum (capture)

« Corps étranger », 1994, la dernière vidéo de Mona Hatoum (capture)

Au début des années 80 marquées par la rigueur glacée de l’ère Thatcher et le conflit au Proche Orient, le climat est âpre pour une jeune artiste en exil. Grâce à la performance, la vidéo et à son propre corps qu’elle met en scène, Mona Hatoum stigmatise alors sa condition d’émigrée et de femme dans un contexte politique anxiogène, en souligne les dérèglements, infiltre un sentiment d’ urgence et met le spectateur sur le gril. Alors que la guerre numérique est plus que jamais d’actualité, Mona Hatoum dénonçait déjà les écueils et les conséquences de la surveillance. Dans « Corps étranger », sa dernière vidéo (1994), elle met en exergue un autre forme de contrôle. En projetant sur le sol l’intérieur de son propre corps, elle semble laisser à une caméra intrusive le pouvoir de décrypter l’intime. Mais il ne s’agit ici que d’un corps déconstruit par l’œil scientifique, morcelé, visqueux, gluant et en totale dépendance.
Dix ans plus tard, Mona Hatoum aborde l’installation : plus encore, elle tient à ce « que l’aspect visuel de l’œuvre fasse participer le spectateur d’une manière physique, sensuelle, voire émotionnelle ; les connotations et la quête de sens venant après. » « Light Sentence » (1992), qui évoque la rudesse de l’ univers carcéral ou les périls d’une architecture désincarnée, sécrète le trouble de manière insidieuse : ce sont les ombres portées et les lignes tremblées sous le coup d’une lumière unique et vacillante qui créent un indicible malaise, une peur larvée… A chacun d’en faire son affaire…
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Undercurrent (red), 2008.

Quand l’artiste détourne, avec soin, des objets familiers et quotidiens, utiles et apparemment inoffensifs, tels les ustensiles de cuisine et le mobilier ou utilise des matériaux industriels, quand elle met ses habitudes, comme celle de collecter ses propres cheveux, au service de son travail, cela donne lieu à des oeuvres (dessins, sculptures ou installations) souvent minimalistes, parfois surréalistes, mais toujours aussi étrangement inquiétantes, sourdement agressives. Le matériau ou la matière choisis et remaniés deviennent ici une formidable caisse de résonance.
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Mapping (clear), 2014.

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Hot Spot, 2014.

Il en est de même pour les cartes géographiques, une thématique chère à l’artiste depuis près de dix ans. Afin de souligner la porosité des frontières, l’instabilité du monde et ses possibles dérives, Mona Hatoum donne à nouveau un rôle à des matériaux modestes ou quotidiens. Ici, un tapis turkmène où des mites, dans un travail de sape organisé, auraient dessiné une autre carte du monde, celle d’Arno Peters qui propose une vision plus équilibrée des différents continents (Bukhara, 2008). Là, sur le sol, des milliers de billes de verre composent la projection de nos deux hémisphères mais, délibérément mobiles, elles fluctuent au passage des visiteurs (Map (clear), 2015 créée pour l’exposition). Plus loin une mappemonde cage dont les contours des continents sont dessinés de néons rouges (Hot Spot, 2014) comme pour signaler un danger à venir…En « apprivoisant » et en questionnant ainsi la violence universelle afin de mieux la pointer du doigt, Mona Hatoum, artiste « nomade », n’envoie-t-elle pas valser tous les préjugés ?
Mona Hatoum Centre Pompidou, galerie 1, niveau 6, 75004 Paris. Jusqu’au 28 septembre. www.centrepompidou.fr
Cellules, 2012-2013.

Cellules, 2012-2013.

Depuis le 2 juillet dernier, date de la remise du prix HYam chez Artcurial, en partenariat avec la fondation Jean-Luc Lagardère,  le projet s’est à la fois étoffé, précisé, articulé… Cet été. Avec une soudaine évidence.
par Pauline Simons
HYam dispose aujourd’hui d’une structure afin d’ étayer la suite. Les statuts de l’Association ont été déposés à l’automne.
En juillet dernier, le jury du Prix HYam, présidé par Alain Seban, président du Centre Pompidou avait choisi Maria Tsagkari parmi les quatre finalistes grecs et chypriote de moins de 36 ans. Désormais, le prix aura lieu tous les deux ans. Prochaine édition en 2016. Après la Grèce et Chypre, HYam va aller à la rencontre de la jeune scène artistique d’un autre pays de la Méditerranée. Mais en alternance, telle une réponse, deux nouveaux temps. Entre Hydra et Paris. 

Une oeuvre pérenne à Hydra

Le/la lauréat/e du prix HYam aura ainsi  l’opportunité de créer une oeuvre pérenne dans l’espace public de l’île d’Hydra en Grèce. Produite par HYam, avec le soutien de partenaires financiers, la création de Maria Tsagkari, lauréate du prix 2014, sera la premier jalon d’une promenade  qui débutera en bord de mer avant de flirter avec les rochers. L’artiste planche déjà sur différents projets, autant d’ ébauches poétiques, exigentes et attentives au caractère singulier du lieu. Maria Tsagkari sera accueillie en résidence sur l’île afin de monter son oeuvre avec l’aide des habitants de l’île.

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Une exposition pour les quatre finalistes

Souvenez-vous. Lors de la soirée du prix aucune oeuvre n’avait été montrée. Seules les vidéos des artistes réalisées spécialement pour HYam rythmaient la scénographie. A sa création, HYam avait prévu d’ exposer ensuite le/la lauréat/e dans un lieu ou une institution parisienne.  Réflexion faite, il aurait été dommage de boucler la boucle ainsi. La remise d’un prix, aussi festive et fédératrice soit-elle, a toujours un versant élitiste et réducteur. L’association a donc décidé de consacrer la ou les expositions -selon ses moyens- aux quatre finalistes. Ce matin dans  le Quotidien de l’art (10 décembre) Roxana Azimi dévoilait les nouvelles propositions du Prix Marcel Duchamp qui font écho -toutes proportions gardées- à la nouvelle articulation du projet Hyam. A Beaubourg, à partir de l’automne 2016, seront, en effet, montrés les travaux des quatre finalistes et plus seulement celui du lauréat. Comme le soulignait Alain Seban, « Cette formule met moins l’accent sur la compétition mais davantage sur la diversité de la scène française. » De notre côté nous recherchons une institution parisienne afin d’accueillir les oeuvres de nos finalistes. Nous y travaillons d’arrache-pied. Par un juste retour des choses, cette exposition offrira une belle visibilité aux artistes  tout en éclairant la diversité d’une scène étrangère et méconnue.

The meeting point (2013) – Maria Tsagkari

Hydra, piqûre de rappel

L’île d’Hydra qui est située au sud d’Athènes et regarde le Péloponnèse, tricote une singularité quotidienne. Au pays des dieux, la perle noire du golfe Saronique est une taiseuse qui déteste les stilettos et ne s’apprivoise qu’à pied, à dos de mule ou en bateaux taxis. Délibérément cosmopolite, Hydra accueille chaque été des expositions d’art contemporain dans des lieux aussi singuliers que le vieil abattoir repris en 2009 par le collectionneur Dakis Ioannou, l’ancien lycée où Dionisis Antonitsis, escorté par la fondation NEON et Dimitri Daskalopoulos, déroule une programmationn internationale ou encore le Workshop de Pauline Karpidas, collectionneuse et mécène anglaise, un bel espace adossé aux boutiques qui était jadis un garage à bateaux. 

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L’île est devenue le repaire des habitués des grandes foires internationales : avec ses demeures patriarcales construites dans un style vénitien à la fin d’un XVIIIème siècle où les armateurs faisaient la pluie et le beau temps, avec ses dédales de pierre, ses rochers tombant à pic et son silence moyenâgeux, mécènes, collectionneurs, galeristes et artistes l’ont préférée à beaucoup d’autres. Redécouverte au début des années 60 par une poignée de cinéastes, peintres, écrivains et poètes, cette enclave en mer Egée qu’Henry Miller comparait à une énorme tranche de pain pétrifié, cimente aujourd’hui sa réputation.
Il est vrai que je ne vous ai pas donné de grain à moudre ces dernières semaines. Prix, bouclage et after…Mais le temps des vacances n’est-il pas le meilleur moment pour reprendre du service … et pour mitonner la suite ?
Avant cela, je vais commencer par  boucler la boucle.
Le prix de la jeune scène artistique méditerranéenne, première édition, en partenariat avec la fondation Jean-Luc Lagardère dédié cette année à la Grèce a donc été remis le 2 juillet chez Artcurial à Maria Tsagkari, une jeune artiste grecque de 33 ans qui vit à Athènes et qui, jusqu’alors, a peu exporté son travail. Ce sont ses installations éphémères et poétiques, petits miracles recyclables dans qui, en dernier lieu,  ont remporté l’adhésion du jury.
Durant la soirée de la remise du prix, le public a pu toutefois  découvrir les vidéos ainsi qu’une brève présentation des quatre finalistes. Mais ce n’est pas tout. Afin que tous les artistes sélectionnés soient un peu parmi nous ce soir-là, l’équipe de l’UCPL avait mitonné une vidéo où chacun se partageait le gâteau. Bravo et merci à tous d’avoir accepté de participer à ce prix.
Je profite de ce petit billet pour réitérer mes remerciements :  à la Fondation Jean-Luc Lagardère, partante dès le début pour soutenir ce projet, à François Tajan, co-président d’Arcurial, qui a gracieusement accueilli l’événement, à l’Institut Français d’Athènes. Merci aussi à Marc Lacroix et toute l’équipe de l’UCPLqui a pris à son compte toute la partie visuelle de l’événement, merci à Virginie Burnet et Olivia de Smedt de l’Art en Plus qui ont développé la communication, à la maison Mavrommatis, à Anastasia Mitrogogou… et à tous ceux qui ont accompagné ce projet monté en huit mois.
J’en profite également pour remercier les membres du comité présidé part Alain Seban, président du Centre Pompidou. Tous ont accepté d’ escorter ce premier prix avec confiance et courtoisie. A l’exception de Giorgos Agouridis, président du centre culturel de la Fondation Stavros Niarchos et Anna Kafetsi, directrice de l’EMST, musée d’Art contemporain d’Athènes retenus en Grèce, toutes les personnalités étaient présentes pour la délibération. Adelina Von Fürstenberg, fondatrice et présidente d’Art for the World, Xenia Geroulanos de la Galerie Thaddaeus Ropac, Katerina Gregos, curatrice et directrice artistique d’Art Brussels, Andreas Kourkoulas et Maria kokkinou, architectes et auteurs du nouveau musée Benaki à Athènes, Thierry Ollat, directeur du MAC à Marseille, Emmanuel Saulnier, artiste et professeur à l’école des Beaux-Arts de Paris et bien sur François Tajan, co-président ‘Artcurial
Comme vous avez pu le voir (quelques extraits sur la page FB Hyam),  la presse française et grecque a bien relayé l’ événement. Et cela devrait continuer, nous attendons encore des parutions en septembre. Thank you too !
Avant d’attaquer la suite, je vous propose donc un retour en images sur la soirée.
Tout d’abord la présentation des quatre artistes nominés… Le jury, présidé par Alain Seban, président du Centre Pompidou était alors en train de plancher…

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Après un bref discours, l’annonce du lauréat et la remise du Prix avec François Tajan, co-président d’Artcurial

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Ou plutôt de la lauréate… puisque c’est Maria Tsagkari qui a remporté le prix

 

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Avec le président Alain Seban

 

 

La presse était là, elle aussi : Marie-Clémence Barbé-Conti, Béatrice de Rochebouët et Sophie de Santis, ex-consoeurs du Figaro avec François Tajan

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Thierry Bogaty et Samantha Deman et au centre Virginie Burnet, directrice de l’Art en Plus.

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Carine Decroi, François Tajan et Valérie Sasportas du Figaro

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 Sophie Dufresne et Gilles Kraemer

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  Iris Touliatou (à droite) l’une des artistes sélectionnée.

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Et enfin toute l’équipe de L’UCPL, partenaire de l’événement, fondé par Marc Lacroix (à droite) qui a réalisé la vidéo ci-dessous ainsi que la maquette du carton d’invitation et celle de tous les kakémonos qui habillaient la soirée.

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C’était il y a une vingtaine d’années à Egine, une île toute proche d’Athènes. La visite de la maison d’Alexis Rodakis, bien connue des Eginètes, s’était imposée dans une lumière crue et estivale. Souvenir flouté d’un lieu vide et délabré où perlait une étrangeté indéfinissable. Voilà que cette habitation de la fin du XIXème siècle, reconnue par Le Corbusier comme étant une icône de l’architecture pré-moderniste, réapparaît à Paris pour le Nouveau Festival du Centre Pompidou dans une vidéo réalisée en 2008 par l’artiste allemand Olaf Nicolai. C’est elle qui tient le rôle principal et le seul d’ailleurs tandis qu’une voix raconte la vie du bâtisseur, un artisan-sculpteur-fermier n’ayant d’autre velléité que celle de construire sa maison.

par Pauline Simons

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Dans une conversation avec Dorothea Schoene, l’artiste explique le cheminement de son travail. Lors de sa participation à la Biennale d’Athènes, il eut connaissance du lieu et surtout de l’influence de Rodakis dans l’architecture moderniste.  La maison, non loin du temple d’Aphaïa, avait déjà repérée en 1905 par l’archéologue allemand Adolf Furtwängler, puis par l’architecte Adolf Loos qui la mentionna dans l’un de ses ouvrages. Du côté grec, Dimitris Pikionis s’était également intéressé à la « topographie émotionelle » du lieu avant qu’en 1975 Aris Constantinidis publie ce bel ouvrage « Elements of Self-Knowledge : Towards a true architecture » qui traitait de l’incidence des architectures anonymes en Grèce.

 

Mais de ci-de là, seule la maison affleurait. Toutes les informations au sujet de Rodakis lui-même étaient imprécises voire contradictoires. Pas la moindre photo de ce marginal qui avait habillé l’une de ses terrasses d’un cochon, d’une horloge, d’un serpent et d’une colombe, sculptures symboles de la fortune, du temps, du démon et de la paix. Pas le moindre document pour estampiller la réalité de son existence. Olaf Nicolai a alors fait appel à un medium qui, dans cette bâtisse délabrée, lui a raconté sa vision. «  L’état actuel de la maison est devenu l’écran d’une narration qui fait de cette absence fantomatique le point de départ d’une biographie et utilise la nature fictive des faits comme un principe de production. »

 

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L’artiste donne ainsi un nouvel éclairage à la biographie fictionnelle que Marcel Schwob (1867-1905) avait théorisé. Son travail consistait en effet à saisir la singularité d’un individu plus que ses spéculations et à substituer une visée artistique à la démarche scientifique des historiens. « Aussi bien que Socrate, Thalès aurait pu dire « Connais-toi-toi-même » mais il ne se serait pas frotté la jambe dans la prison de la même manière avant de boire la ciguë. Les idées des grands hommes sont le patrimoine commun de l’humanité : chacun d’eux ne posséda réellement que ses bizarreries » écrivait-il. En racontant une fiction portée par un lieu encore étrangement habité, Olaf Nicolai donne au personnage de Rodakis une vie et une couleur uniques en parfaite osmose avec l’architecture. Les preuves, les archives ou même les photos, aussi rassurantes soient-elles, auraient-elles pu insuffler ce petit supplément d’âme. Par ricochet, l’oeuvre de Nicolai évoque le problème de la traduction ? Doit-elle être littéralement fidèle ?

Conférence-performance le 8 mars à 19 h, Galerie Sud au centre Pompidou. Olaf Nicolai prendra comme point de départ un rocher en béton posé par Le Corbusier au Couvent de la Tourette dont la finalité demeure méconnue. Esquisses de quelques hypothèses.
Le centre Pompidou consacre une exposition à la donation d’oeuvres sur papier consentie par Florence et Daniel Guerlain. Histoire d’un engouement.

par Pauline Simons (retrouvez l’intégralité de l’article sur Le Point.fr

Daniel et Florence Guerlain ont été les premiers surpris et les premiers émus. L’exposition d’un volet de leur collection au Centre Georges Pompidou leur a permis de la redécouvrir, de la soupeser et aussi de constater qu’ ils ne se sont pas trompés. C’est au début de l’année 2012 qu’ils font officiellement donation au Musée de 1200 œuvres sur papier réunies pendant près de vingt-cinq ans, un ensemble qui viendra enrichir et compléter la collection du cabinet d’art graphique du Musée National d’Art Moderne déjà à la tête de 17000 œuvres. « L’idée de cette donation ne date pas d’hier. Nous ne voulions pas que notre collection puisse, un jour, être morcelée. En outre, nous souhaitions qu’elle ait une destination publique et par ce geste, nous la protégeons. Vous connaissez la fragilité des œuvres sur papier », souligne Daniel Guerlain.

 

Dans les salles de la Galerie d’art graphique et la Galerie du Musée, exceptionnellement réunies pour l’occasion, le public va donc découvrir une présentation inédite de quelques 460 dessins de 125 artistes choisis parmi les œuvres que compte la donation.
« Le choix de l’accrochage s’est fait après la rédaction du catalogue », note Jonas Storsve, conservateur de la galerie d’art graphique. « Afin de donner un aperçu de la richesse et de la complexité de la collection, il nous fallait une épine dorsale joyeuse et captivante. Elle s’est créé autour de la quinzaine d’artistes nominés pour les cinq premiers prix du dessin de la Fondation Florence et Daniel Guerlain. Nous avons osé des murs thématiques, la couleur, l’abstraction, la tradition surréaliste, la nationalité et avons mixé associations et oppositions. »

http://www.lepoint.fr/arts/les-guerlain-s-exposent-au-centre-pompidou-16-10-2013-1744661_36.php

 

 

Sandra Vasquez de la Horra, Drive me to the moon

Vous découvrirez dans l’exposition un mur complet dédié aux dessins de Sandra Vasquez de la Horra, lauréate du 2ème prix de dessin de la Fondation d’art contemporain Daniel et Florence Guerlain décerné en 2009.

 

Spero - Ils vous tortureront mon ami

« Ils vous tortureront mon ami » fait partie des huit oeuvres acquises par Florence et Daniel Guerlain de l’exceptionelle série Artaud Paintings de Nancy Spero venant ainsi compléter la collection du Musée.

 

Donation Florence et Daniel Guerlain, Centre Pompidou, Galerie du Musée et Galerie d’art graphique, niveau 4. Jusqu’en mars 2014. www.centrepompidou.fr