Le samedi 2 juillet à Hydra, sera inaugurée l’installation in-situ de l’œuvre de Maria Tsagkari, lauréate du prix HYam, créée spécialement par l’artiste, produite par l’association franco-grecque. Après avoir organisé, chez Artcurial à Paris,  le prix de la jeune scène artistique méditerranéenne ainsi qu’une exposition réservée aux quatre finalistes, HYam  signe le dernier moment de cette première édition consacrée à la scène grecque et chypriote.
Le projet de la jeune artiste, attentive au caractère singulier de l’île, et réalisée en collaboration avec les artisans locaux est lié à ses recherches sur The New Green.

DSC_1425

 The New Green part 2, L’attente
Maria Tsagkari qui avait ciselé des jardins-installations de cendres, tissé des tapis éphémères aux sinuosités végétales, dessiné des labyrinthes sur un aluminium glacé, poursuit ses recherches sur la symbolique et la possible transformation de l’espace vert. The Blue as The New Green… Et si une société scientifique était un jour capable de transformer l’ADN des plantes corrigeant ainsi la vision de la nature et plus largement la perception du monde…
13495248_1101524846587294_6710717248139248144_n

Finissage dans la fonderie…

13512239_867585886718820_6807485096605660331_n

L’arrivée à Hydra : avant le bleu…

IMG_2726

The Blue as the New Green

De tout temps, le jardin fut l’emblème du partage, de l’hospitalité, du rassemblement ainsi que le modèle et la preuve d’un pouvoir, à la fois économique et politique. Sur l’île d’Hydra où le visiteur croise des dizaines de bustes de personnages historiques, The New Green est le monument d’un héros obscur qui semble hanté par un rêve impossible. Le visiteur découvrira un jardin bleu asymétrique et anarchique qui pourrait être une conclusion à Heinrich von Ofterdingen, roman inachevé de Novalis. Le philosophe allemand avait construit un mythe mediéval autour d’un jeune troubadour ayant tout abandonné pour la quête d’une petite fleur bleue qui hantait ses rêves, symbole des valeurs de la vie idéale et de la poésie pure. Dans le paysage hydriote, ce jardin planté de bleu est comme une promesse figée dans le temps, régentée par la marginalité, l’enchantement du mensonge, les espoirs jamais démentis à cause de leur nature profonde… ces rêves qui n’atteignent jamais les limites de la réalité.
THE NEW GREEN The expectation/part 2 Hydra Du 3 juillet au 30 septembre.
Maria Tsagkari vit et travaille à Athènes. Depuis 2011, elle est professeur dans l’atelier de Nikos Navridis, à l’école des Beaux-Arts d’Athènes. Elle a participé à plusieurs expositions notamment “A fresh, a new generation of greek artists” au Musée d’art contemporain d’Athènes en 2014 et plus récemment en 2016, “War party” au Royal Military Museum, Bruxelles et Remember the present, au Centre d’art contemporain Le Lait à Albi. Elle a également participé à deux résidences : en 2015 au Warp, contemporary Art Platform, Belgium dans le cadre de la Triennale d’architecture, et en 2016 au centre d’art contemporain Le Lait à Albi.
Marquée par des prises de position fortes, la 5ème Biennale d’art contemporain rayonne dans la deuxième ville de Grèce. Jusqu’à la fin de l’été.  C’est aussi sur le Point
texte et photos Pauline Simons
« Between the pessimism of the intellect and the optimism of the will », tel est le titre de l’exposition principale de la 5ème biennale d’art contemporain de Thessalonique… Katerina Gregos, sa curatrice, a attaqué le problème à pleines dents. « Il s’agit d’ un aphorisme qu’Antonio Gramsci avait énoncé dans ses « Prison Notebooks » durant sa détention sous le régime fasciste, explique-t-elle. Il résume ce moment contradictoire dans lequel nous nous trouvons en ce moment, pas uniquement en Grèce, mais en Europe en général. En cela, Gramsci, penseur et révolutionnaire, définissait l’état de crise d’une manière assez juste : une situation où ce qui est ancien est en train de mourir et ce que qui est nouveau ne peut pas naître. » 
Revolving door, installation de Nikos Navridis, 2015

Revolving door, installation de Nikos Navridis, 2015

C’est dans cet inter-règne, pavé d’atermoiements, que la biennale de Thessalonique, a vu le jour. L’exposition principale présentée au Pavillon 6 du Parc des Expositions, a été montée en moins de trois semaines ! Katerina Gregos a ainsi réuni les travaux d’une quarantaine d’artistes internationaux qui, en pointant les dysfonctionnements de tout ordre -économiques, politiques, sociaux, écologiques, idéologiques – réinventent d’autres espaces. Produite spécialement pour la Biennale, « Revolving door » de l’artiste grec Nikos Navridis résume, à différents égards, l’esprit de l’événement : son installation figure une porte à tambour coiffée d’un épigraphe en lettres de néon, « The end is in the beginning and yet you go on » (Beckett, Fin de partie). « Logiquement, cette porte devrait permettre d’accéder à l’exposition ou d’en sortir mais elle est d’une parfaite inutilité, sourit Nikos Navridis, elle simule, elle bluffe parce que de quelque côté que vous soyez, la sortie est l’entrée et vice versa. »
FullSizeRender (53)

History is not mine de Mounir Fatmi, 2013 (détail)

Emergents ou confirmés, les artistes choisis roulent donc leur rocher, avec une détermination, qui n’exclue ni l’humour, le plus souverain des décapants, ni la poésie. Ainsi retrouve-t-on, face à « Love the difference-Mar Mediterraneo », pièce historique de Michelangelo Pistoletto, la vidéo-installation « History is not mine » où Mounir Fatmi, en réponse à l’éviction de son oeuvre « Technologia » jugée blasphématoire en 2012, martèle les interdits qui frappent encore les artistes ; en gravant l’article 13 de la déclaration universelle des droits de l’homme sur un pavement de savon, Taysir Batniji brocarde les textes de loi et leur déliquescence.
Sweet dreams (are made of this) de Carlos Aires, 2015

Sweet dreams (are made of this) de Carlos Aires, 2015

En découpant au laser les billets de banque des trente pays les plus riches afin de composer les paroles de « Sweet dreams » (are made of this) le tube d’Eurythmics, Carlos Aires cisaille un veau d’or intouchable ; en alignant des portraits de chiens dans l’expectative, (« Alone »), Ivan Argote raille la notion de civisme et distend le temps comme dans les  « 8 m2 » (Loneliness), installation carcérale règlementaire de David Brognon et Stéphanie Rollin, duo finaliste du prochain prix de la Fondation Ricard. Dès que le visiteur en passe le seuil, les aiguilles de l’horloge s’arrêtent mais s’empressent de rattraper le temps « perdu » dès que la cellule est vide.
8 M2 (loneliness), installation de David Brognon et Stéphanie Rollin, 2012-2013.

8 M2 (loneliness), installation de David Brognon et Stéphanie Rollin, 2012-2013.

Les heures s’ étirent à l’envi dans l’oeuvre cinématographique de Marianna Christofides : en filmant, par intervalles, les Balkans et ces paysages d’entre-deux bordés d’eau, là où les frontières sont mal définies et mouvantes, elle souligne le désarroi singulier de ces lieux oubliés sans cesse à reconsidérer et à réinventer. Dans ce bain de solitude, loin des sphères pailletées, il ne reste qu’à imaginer Sisyphe heureux…

FullSizeRender (47)

La dizaine d’expositions, évènements, workshops qui balise la deuxième ville de Grèce, marque également, grâce à des thématiques fortes, l’absence de « devoir de réserve ». 
En présentant « Kazimir Malevich and his students » au musée d’art contemporain de Thessalonique, Maria Tsantsanoglou, sa directrice, célèbre le 100ème anniversaire du « Black square » et remet en scène, grâce aux trésors de la collection Costakis, la vivacité d’une avant-garde russe frappée d’opprobre sous le régime soviétique. 
Co-curatée par Syrago Tsiara et Théodore Markoglou, l’exposition « Ident-alter-ity » est d’autant plus significative qu’elle se tient dans le nouveau bâtiment de la mairie, près du Parc des Expositions. Dans un pays où le mariage pour tous est encore boudé, les artistes posent ici la question de l’appartenance, du droit à la différence et à l’ambiguité sexuelle. Avec « East side story », Igor Grubic épingle les violences homophobes lors de la Gaypride à Belgrade et Zagreb en 2001 et 2002 : la mise en parallèle des scènes à la fois réelles et rejouées par des performers donne ainsi à l’oeuvre toute sa mesure. Déjà dans les années 70, la pionnière Lynda Benglis exprimait une pensée radicale et complexe autour du corps et de l’identité sexuelle. On retrouve ici son audace volontariste dans « Female identity » de 1973 où le spectateur devient voyeur…

i »m Milica Tomic, vidéo de Milica Tomic, 1999.
Il suffit ensuite de longer la mer pour rejoindre l’un des entrepôts du port où se tient  « Relative Motions ». Katerina Koskinas, directrice de cette 5ème Biennale, a choisi de faire un parallèle entre le travail de deux artistes : Evangelia Kranioti et Julien Prévieux, lauréat du prix Marcel Duchamp 2014. En mêlant techniques artisanales et médias contemporains, tous deux jettent des ponts entre une tradition méditerranéenne et leur possible redéploiement dans la modernité : de quelle manière sommes-nous encore connectés au passé ? 
La Biennale est aussi l’occasion de mettre en regard oeuvres anciennes et contemporaines : au musée archéologique, les travaux de Constantin Xenakis dialoguent silencieusement avec les antiquités.      
D’un point de vue plus général, Yiannis Boutaris, maire de la ville depuis 2011, tisse   aussi un maillage entre les différentes époques et populations qui ont contribué à l’identité de celle que l’on appelait jadis la « Jérusalem des Balkans ». En mémoire aux quelques 46 000 juifs déportés à Auschwitz durant la seconde guerre mondiale, le musée de l’Holocauste devrait être édifié d’ici 2020. Déjà 2013, la maison où naquit Kemal Atatürk, premier président de la République de Turquie, fut réouverte au public après restauration.
Hélas, en ces temps chaotiques, les coupes budgétaires ternissent le paysage culturel grec. A Thessalonique, le musée national d’art contemporain a vu son budget divisé par trois depuis 2012 et au début de l’été, le musée macédonien d’art contemporain a été « temporairement » fermé… Quant au sort de la prochaine Biennale jusqu’alors financée en grande partie par l’Union Européenne, il est encore incertain. Désormais, les institutions vont devoir, plus que jamais, compter sur le mécénat privé pour déployer leur programmation. Mais bonne nouvelle, Athènes va accueillir la Documenta. Pour la première fois, l’événement artistique de renommée internationale qui, depuis 1955, se tient tous les cinq ans à Kassel aura lieu à la fois dans la ville allemande et dans la capitale grecque. Ce sera en 2017. Joli challenge !
Biennale de Thessalonique. Jusqu’au 30 septembre. www.thessalonikibiennale.gr
Depuis le mois de juillet, la lauréate du prix HYam ainsi que les trois finalistes n’ont pas amusé le terrain. Entre accueils en résidence, expositions, projets, chacun a tissé sa toile à sa manière. Nous retrouverons ces jeunes artistes grecs et chypriote à Paris avant la fin de l’année. Voici leur actualité. En attendant la suite.
MARIA TSAGKARI, LAUREATE DU PRIX HYAM
C’est dans le cadre de la London Art Fair, nouvelle foire qui s’est tenue en janvier dernier, que Maria Tsagkari représentée par la TinT gallery, a exposé ses tous derniers dessins : « Planning a Garden » est une série d’études,réalisée en cendre sur aluminium, où le jardin devient un symbole-labyrinthe de la force politique et économique mais aussi une ère de pouvoir.
A la fin du mois de février, on découvrira « The New Green », une installation dans la citerne du château de l’île de Lesbos, l’une des plus importantes forteresses en Méditerranée. L’artiste impose ainsi une nouvelle tendance : le Bleu comme Nouveau Vert appliqué à la nature au sens large (sites touristiques et  jardins privés). Maria Tsagkari met ici en lumière, certains dérèglements dont elle floute l’origine précise -appropriation, assimilation, fusion- mais qui concerne avec certitude les relations Est-Ouest et leurs ramifications dans les différentes cultures. Ce projet concerne également la création d’une société appelée The New Green. Cette société éclaire les futurs enjeux de  cette « nouvelle tendance », à la fois poétique et politique, sur le marché mondial.  Souvenez-vous de la tulipomanie, première bulle spéculative au XVIIème siècle.  Chimistes et agronomes travaillent sur le sujet : comment modifier l’ADN de l’herbe.

 

RANIA BELLOU
Durant l’été 2014, Rania Bellou a réalisé deux solos shows : le premier à Kalfayan Galleries à Athènes et le second à Thessalonique dans le cadre du festival Action Field Kodra. Rania Bellou a participé à l’automne à l’exposition de groupe « Personal Collective Mythologies » de Patras avant de traverser l’atlantique. En décembre à Miami Art Basel, elle présentait sur le stand de Kalfayan Galleries cinq courtes animations qui furent sélectionnées pour la section FILM avant d’ enchaîner sur un premier solo show newyorkais à la Taymour Grahne Gallery.

unnamed (4) Rania Bellou

Cette exposition témoigne de l’évolution de son travail. En compilant dessins, livre, archives, projection et animation, l’artiste s’est attachée à la vie d’une résidente new yorkaise dans les années 40 dont elle a découvert le journal et en a tiré des images où réalité et fiction s’entremêlent afin de laisser au public le soin de réécrire lui aussi son histoire.

 

MARIANNA CHRISTOFIDES
Marianna Christofides revient de Stockholm où elle était invitée en résidence afin de finaliser un projet né il y a trois ans (film et installation) et va sans tarder égrener différents pays des Balkans, caméra au poing. Ce projet sera présenté pour la première fois dès le 28 mai à la prochaine Biennale de Thessalonique. Top secret pour le moment…

Marianna Christofides_A river needs banks to flow_2014_03

Fin avril, l’artiste est invitée à Paris par Light Cone pour la post production. C’est une année clé pour la jeune chypriote qui aura un premier solo show institutionnel à la Basis E.v. Kunstverein de Frankfurt dès le printemps. Suivi d’un séjour stambouliote en résidence à Istanbul durant le second semestre. L’exposition itinérante Recording Memories qui a débuté à Nicosie avant Thessalonique, Athènes et Belgrade éclaire les tribulations de la mémoire dans un sud–est de l’Europe depuis longtemps chamboulé. Une problématique chère à l’artiste.

 

ATHANASIOS ZAGORISIOS
Athanasios Zagorisios poursuit ses recherches artistiques sur « L’esthétique de l’éphémère » tout en enseignant à l’Académie Platon de l’Université
d’Athènes. Il talonne les états transitoires, par conséquence fragiles et fugitifs, de certains phénomènes naturels afin de mettre en exergue ces moments d’une extrême brièveté. Dans sa dernière œuvre, l’artiste a utilisé l’effet Peltier (phénomène physique de déplacement de la chaleur en présence d’un courant électrique) afin de recréer le cycle de l’eau: condensation, précipitation, collecte, évaporation.

thanos 2015

En parallèle, il a choisi d’élargir le spectre des sensations : en collaboration avec un parfumeur et en s’inspirant des arts japonais du kôdô et de la cérémonie du thé, il a imaginé un projet olfactif, rituel artistique né de la rencontre d’un parfum et d’une architecture.
Depuis le 2 juillet dernier, date de la remise du prix HYam chez Artcurial, en partenariat avec la fondation Jean-Luc Lagardère,  le projet s’est à la fois étoffé, précisé, articulé… Cet été. Avec une soudaine évidence.
par Pauline Simons
HYam dispose aujourd’hui d’une structure afin d’ étayer la suite. Les statuts de l’Association ont été déposés à l’automne.
En juillet dernier, le jury du Prix HYam, présidé par Alain Seban, président du Centre Pompidou avait choisi Maria Tsagkari parmi les quatre finalistes grecs et chypriote de moins de 36 ans. Désormais, le prix aura lieu tous les deux ans. Prochaine édition en 2016. Après la Grèce et Chypre, HYam va aller à la rencontre de la jeune scène artistique d’un autre pays de la Méditerranée. Mais en alternance, telle une réponse, deux nouveaux temps. Entre Hydra et Paris. 

Une oeuvre pérenne à Hydra

Le/la lauréat/e du prix HYam aura ainsi  l’opportunité de créer une oeuvre pérenne dans l’espace public de l’île d’Hydra en Grèce. Produite par HYam, avec le soutien de partenaires financiers, la création de Maria Tsagkari, lauréate du prix 2014, sera la premier jalon d’une promenade  qui débutera en bord de mer avant de flirter avec les rochers. L’artiste planche déjà sur différents projets, autant d’ ébauches poétiques, exigentes et attentives au caractère singulier du lieu. Maria Tsagkari sera accueillie en résidence sur l’île afin de monter son oeuvre avec l’aide des habitants de l’île.

SONY DSC

 

Une exposition pour les quatre finalistes

Souvenez-vous. Lors de la soirée du prix aucune oeuvre n’avait été montrée. Seules les vidéos des artistes réalisées spécialement pour HYam rythmaient la scénographie. A sa création, HYam avait prévu d’ exposer ensuite le/la lauréat/e dans un lieu ou une institution parisienne.  Réflexion faite, il aurait été dommage de boucler la boucle ainsi. La remise d’un prix, aussi festive et fédératrice soit-elle, a toujours un versant élitiste et réducteur. L’association a donc décidé de consacrer la ou les expositions -selon ses moyens- aux quatre finalistes. Ce matin dans  le Quotidien de l’art (10 décembre) Roxana Azimi dévoilait les nouvelles propositions du Prix Marcel Duchamp qui font écho -toutes proportions gardées- à la nouvelle articulation du projet Hyam. A Beaubourg, à partir de l’automne 2016, seront, en effet, montrés les travaux des quatre finalistes et plus seulement celui du lauréat. Comme le soulignait Alain Seban, « Cette formule met moins l’accent sur la compétition mais davantage sur la diversité de la scène française. » De notre côté nous recherchons une institution parisienne afin d’accueillir les oeuvres de nos finalistes. Nous y travaillons d’arrache-pied. Par un juste retour des choses, cette exposition offrira une belle visibilité aux artistes  tout en éclairant la diversité d’une scène étrangère et méconnue.

The meeting point (2013) – Maria Tsagkari

Hydra, piqûre de rappel

L’île d’Hydra qui est située au sud d’Athènes et regarde le Péloponnèse, tricote une singularité quotidienne. Au pays des dieux, la perle noire du golfe Saronique est une taiseuse qui déteste les stilettos et ne s’apprivoise qu’à pied, à dos de mule ou en bateaux taxis. Délibérément cosmopolite, Hydra accueille chaque été des expositions d’art contemporain dans des lieux aussi singuliers que le vieil abattoir repris en 2009 par le collectionneur Dakis Ioannou, l’ancien lycée où Dionisis Antonitsis, escorté par la fondation NEON et Dimitri Daskalopoulos, déroule une programmationn internationale ou encore le Workshop de Pauline Karpidas, collectionneuse et mécène anglaise, un bel espace adossé aux boutiques qui était jadis un garage à bateaux. 

IMG_0102 Hydra

L’île est devenue le repaire des habitués des grandes foires internationales : avec ses demeures patriarcales construites dans un style vénitien à la fin d’un XVIIIème siècle où les armateurs faisaient la pluie et le beau temps, avec ses dédales de pierre, ses rochers tombant à pic et son silence moyenâgeux, mécènes, collectionneurs, galeristes et artistes l’ont préférée à beaucoup d’autres. Redécouverte au début des années 60 par une poignée de cinéastes, peintres, écrivains et poètes, cette enclave en mer Egée qu’Henry Miller comparait à une énorme tranche de pain pétrifié, cimente aujourd’hui sa réputation.
L’oeuvre de Stefanos Tsivopoulos sélectionnée pour représenter le pavillon grec à la dernière Biennale de Venise est exposée pour la première fois en Grèce.  A découvrir dans la fraîcheur du musée d’ art cycladique à Athènes.
History Zero, composé d’un film en trois parties et d’archives a été conçu à Athènes en quatre mois par l’artiste qui vit entre Amsterdam et New York….  Ce fut d’ailleurs le plus long séjour de Stefanos Tsivopoulos dans la capitale grecque depuis longtemps. « Le centre d’Athènes est peut-être le quartier où les effets de la crise sont le plus visibles » confiait-il à Katerina Gregos lors d’une interview durant la Biennale de Venise. Il est vrai, qu’en quelques années, le vernis des « beaux » quartiers s’est quelque peu écaillé.  Quant à la truculence de certains arrondissements populaires, elle est désormais souvent muselée par une extrême pauvreté ou encore par la drogue. Que faire, face à ces micro-séismes ramassés ? Les raconter, les stigmatiser ?
Stefanos Tsivopoulos a donc choisi de  questionner la crise en essayant de la considérer autrement, en débusquant ses angles morts, en convoquant l’imaginaire et en tricotant des ellipses. Bien que l’artiste se soit attaqué à un thème maintes fois disséqué : l’argent, sa valeur et  ce qu’il représente pour chacun, Tsivopoulos a tissé de nouvelles connections. Enrichi de documents qui éclairent la volonté de certaines communautés de créer leur propre monnaie et de pratiquer l’auto-gestion, ce film en trois périodes qui se laissent voir séparément, traite aussi, à différents égards,  de l’accumulation et de l’isolement. A commencer par cette collectionneuse d’art contemporain souffrant de solitude et de dégénérescence mentale, qui s’amuse à confectionner de joyeux bouquets en origami avec des billets de 500, 200 et 100 euros. De la couleur de l’argent.  Avant de les jeter à la poubelle telles des fleurs fanées… 

4F4759344650DCED6EBB92D4DF06A1ED (1)

SONY DSC

09_6922

SONY DSC

 

Ce seront ces gerbes de billets mises à la benne qui feront la fortune si ce n’est le bonheur, du second protagoniste, un jeune noir immigré habitué des bennes à ordure.  Pour survivre, celui-ci traine inlassablement son caddy de poubelles en no man’s land et accumule des pièces de métal afin de les les revendre. Il abandonnera son butin après cette trouvaille pour le moins surprenante.

SONY DSC

SONY DSC

 

C’est ce caddy délaissé, parfait syndrome de l’objet trouvé, qui fascinera un artiste  hyperconnecté. Dans une forme d’ errance studieuse, il shoote méthodiquement la capitale en mutation.  Ces trois épisodes, d’une grande qualité plastique et émotionnelle, sont, en quelque sorte mises en regard avec une réalité plus brutale  grâce aux archives. Stefanos Tsivopoulos ne compte pas nous apporter  la solution sur un plateau. Et c’est tant mieux. Au contraire, en égratignant poétiquement la surface d’un sujet gros comme le monde, il suggère d’autres attitudes, d’autres poses, d’autres humeurs, incite à jeter de nouveaux ponts et finit par mettre en déroute la toute puissance apparente de l’argent. Au profit de contingences qu’il faut guetter et d’un éveil nécessaire et permanent.

Greek-Pavilion-at-Venice.-Stefanos-Tsivopoulos.-History-Zero-2013-3

tsivo2

SONY DSC

main_6a00e55290e7c4883301910303564d970c-800wi

Stefanos Tsivopoulos est né en 1973 à Prague et vit entre Amsterdam et New York.  il est représenté en Grèce par la galerie Kalfayan.
Musée d’art cycladique, 1, Irodotou & Vassilissis Sofias. Jusqu’au 29 septembre.www.cycladic.gr

 

 

 

 

 

 

 

Il est vrai que je ne vous ai pas donné de grain à moudre ces dernières semaines. Prix, bouclage et after…Mais le temps des vacances n’est-il pas le meilleur moment pour reprendre du service … et pour mitonner la suite ?
Avant cela, je vais commencer par  boucler la boucle.
Le prix de la jeune scène artistique méditerranéenne, première édition, en partenariat avec la fondation Jean-Luc Lagardère dédié cette année à la Grèce a donc été remis le 2 juillet chez Artcurial à Maria Tsagkari, une jeune artiste grecque de 33 ans qui vit à Athènes et qui, jusqu’alors, a peu exporté son travail. Ce sont ses installations éphémères et poétiques, petits miracles recyclables dans qui, en dernier lieu,  ont remporté l’adhésion du jury.
Durant la soirée de la remise du prix, le public a pu toutefois  découvrir les vidéos ainsi qu’une brève présentation des quatre finalistes. Mais ce n’est pas tout. Afin que tous les artistes sélectionnés soient un peu parmi nous ce soir-là, l’équipe de l’UCPL avait mitonné une vidéo où chacun se partageait le gâteau. Bravo et merci à tous d’avoir accepté de participer à ce prix.
Je profite de ce petit billet pour réitérer mes remerciements :  à la Fondation Jean-Luc Lagardère, partante dès le début pour soutenir ce projet, à François Tajan, co-président d’Arcurial, qui a gracieusement accueilli l’événement, à l’Institut Français d’Athènes. Merci aussi à Marc Lacroix et toute l’équipe de l’UCPLqui a pris à son compte toute la partie visuelle de l’événement, merci à Virginie Burnet et Olivia de Smedt de l’Art en Plus qui ont développé la communication, à la maison Mavrommatis, à Anastasia Mitrogogou… et à tous ceux qui ont accompagné ce projet monté en huit mois.
J’en profite également pour remercier les membres du comité présidé part Alain Seban, président du Centre Pompidou. Tous ont accepté d’ escorter ce premier prix avec confiance et courtoisie. A l’exception de Giorgos Agouridis, président du centre culturel de la Fondation Stavros Niarchos et Anna Kafetsi, directrice de l’EMST, musée d’Art contemporain d’Athènes retenus en Grèce, toutes les personnalités étaient présentes pour la délibération. Adelina Von Fürstenberg, fondatrice et présidente d’Art for the World, Xenia Geroulanos de la Galerie Thaddaeus Ropac, Katerina Gregos, curatrice et directrice artistique d’Art Brussels, Andreas Kourkoulas et Maria kokkinou, architectes et auteurs du nouveau musée Benaki à Athènes, Thierry Ollat, directeur du MAC à Marseille, Emmanuel Saulnier, artiste et professeur à l’école des Beaux-Arts de Paris et bien sur François Tajan, co-président ‘Artcurial
Comme vous avez pu le voir (quelques extraits sur la page FB Hyam),  la presse française et grecque a bien relayé l’ événement. Et cela devrait continuer, nous attendons encore des parutions en septembre. Thank you too !
Avant d’attaquer la suite, je vous propose donc un retour en images sur la soirée.
Tout d’abord la présentation des quatre artistes nominés… Le jury, présidé par Alain Seban, président du Centre Pompidou était alors en train de plancher…

saywho.hyam.02.07.14-7

saywho.hyam.02.07.14-6

saywho.hyam.02.07.14-10

 

Après un bref discours, l’annonce du lauréat et la remise du Prix avec François Tajan, co-président d’Artcurial

saywho.hyam.02.07.14-46

saywho.hyam.02.07.14-39

 

Ou plutôt de la lauréate… puisque c’est Maria Tsagkari qui a remporté le prix

 

saywho.hyam.02.07.14-60

 

Avec le président Alain Seban

 

 

La presse était là, elle aussi : Marie-Clémence Barbé-Conti, Béatrice de Rochebouët et Sophie de Santis, ex-consoeurs du Figaro avec François Tajan

saywho.hyam.02.07.14-72

Thierry Bogaty et Samantha Deman et au centre Virginie Burnet, directrice de l’Art en Plus.

saywho.hyam.02.07.14-27

 

Carine Decroi, François Tajan et Valérie Sasportas du Figaro

saywho.hyam.02.07.14-84

 Sophie Dufresne et Gilles Kraemer

saywho.hyam.02.07.14-17

  Iris Touliatou (à droite) l’une des artistes sélectionnée.

saywho.hyam.02.07.14-70

Et enfin toute l’équipe de L’UCPL, partenaire de l’événement, fondé par Marc Lacroix (à droite) qui a réalisé la vidéo ci-dessous ainsi que la maquette du carton d’invitation et celle de tous les kakémonos qui habillaient la soirée.

saywho.hyam.02.07.14-14

Voici en vidéo et en quelques photos, la présentation de l’exposition A Thousand Doors à la bibliothèque Gennadius, architecture athénienne de style néo- classique construite au début du XXème siècle par deux architectes new-yorkais. Fondée en 1926 par Joannes Gennadius, diplomate et bibliophile disparu en 1932, elle abrite aujourd’hui plus de 120 000 ouvrages (livres rares, archives, manuscrits, oeuvres d’art) éclairant la tradition hellénique et les cultures voisines.
Entre les colonnes ioniques de la Gennadius Library une version freudienne des philosophes de l'antiquité par Daniel Silver
Entre les colonnes ioniques de la Gennadius Library ,une version freudienne des philosophes de l’antiquité par Daniel Silver

 

Dans la bibliothèque, ouverte au public pour l'exposition, l'atmosphère demeure studieuse chapeautée par l'installation de Georg Herold composée d'un cheminement de lattes de bois, clef de voûte de son travail depuis 1977.

Dans la bibliothèque, l’atmosphère -hors vernissage-demeure studieuse chapeautée par l’installation de Georg Herold. Un cheminement de lattes de bois où sont retranscrits des fragments de poésie  dans différentes langues européennes

 

 

Des ouvrages fragiles alignés comme à la parade. Composés de fines feuilles de pâte (fila), ils seront livrés en quelques jours aux vent et aux oiseaux... Rien ne dure

Les ouvrages fragiles alignés comme à la parade de Nikos Navridis. Composés de fines feuilles de pâte (fila), ils seront livrés en quelques jours aux vent et aux oiseaux… Rien ne dure…

 

Cette exposition, dont le titre est inspiré de la nouvelle la Bibliothèque de Babel, fiction de Borges, a été imaginée par la Fondation NEON (créée en 2013 par Dimitris Daskalopoulos) avec la collaboration de la Whitechapel Gallery et de sa directrice Iwona Blazwick OBE. La curatrice met ici en regard pour la première fois une silencieuse encyclopédie de papier et les oeuvres d’une trentaine d’artistes internationaux parmi les quels Matthew Barney, Christian Boltanski, Georg Herold, Susan Hiller, Juan Muñoz, Giuseppe Penone, Elizabeth Price, Daniel Silver, Adrián Villar Rojas… Et bonne nouvelle, on y découvre aussi les oeuvres d’artistes grecs commandées spécialement pour l’événement comme les livres fragiles et consommables de Nikos Vavridis ou l’orchestration nocturne de Kostas Ioannidis composée de chants d’oiseaux. Nous avons aussi retrouvé Valentina Karga, jeune artiste sélectionnée par HYam, pour une libre conversation dans les jardins. C’est ici d’une oeuvre dont il s’agit puisque toutes ces paroles échangées avec un public volontaire seront retranscrites dans un futur ouvrage.

 

Edward Allington : quand une géométrie de plâtre s'inscruste dans les mots.

Edward Allington : quand une géométrie de plâtre s’inscruste dans les mots.

 

Adrian Villar Rojas : regard distancié sur le chaos en marche

Adrian Villar Rojas : regard distancié sur le chaos en marche

 

Giuseppe Penone : les processus invisibles de la nature

Giuseppe Penone : les processus invisibles de la nature

 

L’exposition est libre d’accès mais ne dure que jusqu’au 30 juin.Dommage que,sur la vidéo, les présentation des intervenants grecs ne soient pas sous-titrées… Tout le monde ne parle pas la langue des dieux…

 

 

 

 L’artiste français Emmanuel Saulnier qui a accepté de faire partie du comité de sélection du prix HYam en partenariat avec la Fondation Jean-Luc Lagardère,  mène avec son atelier de l’Ecole des Beaux-Arts de Paris une réflexion sur ce qui peut fonder la sculpture aujourd’hui dans le monde.
Après Istanbul, Valparaiso et Tokyo il poursuit ce projet à Athènes. Il l’a intitulé MOMENT GREC.
Ce projet a débuté à Paris au Palais de Tokyo lors d’un colloque de la Fondation Giacometti le 11 Décembre 2013. Il sera présenté à l’Institut de France d’Athènes dans une conférence rencontre le 14 Mai 2014 à 20 heures.
« Qu’y a-t-il de plus monumental en Europe que ce MOMENT GREC aujourd’hui ? Chacun se retrouve dans cette histoire originelle et actuelle. Chacun comprend tant l’importance de l’édifice symbolique que son extrême fragilité… »

_MG_2651 (533x800)

 

Ce MOMENT GREC sera l’occasion d’un séjour d’étude de l’atelier en Grèce au mois de Septembre 2014 et de nombreux entretiens avec des artistes, cinéastes, écrivains grecs… Pour mener ce projet Emmanuel Saulnier a fait appel à Fabrice Vannier, artiste ayant en charge l’étude et la réflexion sur la mosaïque aux Beaux Arts de Paris et à Anastassia Makridou-Bretonneau, curator et responsable de commandes publiques pour la Fondation de France.
Du 15 au 30 Septembre la vingtaine de jeunes artistes de l’Atelier Emmanuel Saulnier parcourra la Grèce pour y rencontrer artistes, cinéastes, critiques, architectes mais aussi vivre dans le pays .Puis tous se retrouveront du 25 au 30 Septembre à Egine pour un point sur ce voyage et faire état de leurs recherches et de leurs oeuvres en cours au Musée Folklorique de la ville.
Ils ouvriront à cette occasion le musée le 28 et 29 Septembre jour et nuit avec une grande installation, en une rencontre publique consacrée à ce projet.
En 2015 enfin l’atelier publiera un important ouvrage sur ce thème Moment Grec faisant appel à de nombreux contributeurs français et grecs…
Cette manifestation de l’atelier Emmanuel Saulnier à l’Ecole des Beaux Arts de Paris et cette publication franco-grecque sont placées sous l’égide de l’Institut Français d’Athènes.

 

 

 

Le travail de Panagiotis Vorrias (1983) soulève les questions de résistance et de riposte. Avec  distanciation et par ricochets. Dans « Soundscape fitia », l’artiste fait référence à l’activité d’un petit groupe de banlieue qui par tradition allume, le soir venu, des saites (constructions faites de carton et de poudre à canon) : au programme, flammes, fumée et pétarades. L’artiste reproduit cette action non pas dans le but d’ effrayer, comme autrefois, mais de souligner en temps de crise et d’ agitation, une pratique défensive non violente qui se consume aussi d’elle-même. Le concept de résistance est vu ici comme un jeu social. « Rift collection » crée des interférences dans le silence d’un lieu délabré. C’est le son qui donne ici le mouvement, réactive la pensée et redéfinit la notion de connaissance. En ce moment Panagiotis Vorrias, travaille sur un projet en mer,  un trou dans l’eau qui symbolise l’effort humain tout en suggérant ces actes manqués qui, tôt ou tard sont condamnés à l’échec.
Panagiotis Vorrias vit et travaille à Athènes
photo6Rift collection, Groupe Per Se Panagiotis Vorrias et Panos Kompis
photo8Soundscape Fitia
photo1 (800x450)Few meters closer to the ground

photo2 (800x450)

L’art est le seul moyen de retrouver le temps perdu. Chrisa Valsamaki (1981) a épinglé cette phrase de Marcel Proust dans un coin de sa tête. Son travail consiste à transformer un symbole en message codé et à révéler par la juxtaposition d’images une mémoire dont la continuité et le contexte ont, quelque part, été mis à mal. Chrisa Valsamaki laisse ainsi affleurer des aspects cachés de l’histoire et tient le rôle de celle qui révèle. Avec discrétion. Dans ses travaux récents, elle observe les écueils des structures strictement hiérarchisées et oppressantes ainsi que leurs conséquences pour le citoyen. Dans l’installation 7 portraits et 616 mots où elle décortique des non-dits de l’histoire de son pays, on ne découvre la physionomie des  sept visages fixés sur papier carbone que sous un certain angle. Il s’agit de détenus emprisonnés entre 1973 et 1990 qui se sont échappés ou qui ont dénoncé les conditions inhumaines de leur incarcération. Totalement exclus de l’histoire officielle. L’artiste tente de rendre visible cette invisibilité.
Chrisa Valsamaki vit et travaille à Athènes

Study on social Cannibalism, travaux sur papier, 2014. Palais des Beaux-Arts de Bruxelles.
Chrisa Valsamaki 1 (533x800)7 portraits et 616 mots, portrait sur papier carbone faisant partie de l’installation, 2013.
Chrisa Valsamaki 4 (800x533)7 portraits et 616 mots, portrait sur papier carbone faisant partie de l’installation, 2013.